Le Crescent, emblématique club de jazz Mâconnais, fête ses 25 ans

À Mâcon (Saône-et-Loire), Le Crescent fait bouger la région depuis 25 ans. Un événement spécial est donc organisé ce week-end pour souffler ces quelques bougies. Retour sur l'histoire d'une bande de passionnés de musique...

Le Crescent, emblématique club de jazz Mâconnais, fête ses 25 ans
La salle du Crescent se prépare à accueillir une répétition, © Radio France / Mathieu MESSAGE

C'est une sorte de nef par laquelle les amoureux de jazz accèdent à leur passion. La nouvelle salle du Crescent, ouverte en 2014, accueille presque tous les soirs 125 personnes assises et jusqu'à 260 se tenant debout. Dans ce sous-sol voûté de 400 m², les habitants de la région de Mâcon (Saône-et-Loire) profitent d'artistes venus du monde entier, avec des styles musicaux très variés.

Pourtant, en 1995, les quelques passionnés qui ont imaginé ce club de jazz étaient loin d'imaginer qu'il tiendrait jusqu'à ce jour et à quel point il influencerait la vie culturelle de la ville.

"Oubliez le disque, montez plutôt un club"

Eric Prost, Laurent Sarrien et François Gallix étudient la musique mais trouvent que la région pâtit d'un manque créatif. En 1994, les trois compères jouent un peu partout, mais surtout chez les parents de chacun, en se faisant appeler le collectif MU. Mais cela ne suffit pas, d'autres personnes du coin veulent elles aussi vibrer au son des cuivres et des tambours.

Lors d'une visite à Paris, le collectif rencontre le batteur Simon Goubert. François Gallix, qui aimerait que MU devienne un projet concret, lui demande alors comment enregistrer un album. Goubert leur conseille avec beaucoup de franchise : « Oubliez tout de suite le disque... Montez plutôt un club, invitez des grands, apprenez à jouer avec eux. Ce sera plus utile pour tout le monde. »

L'ancien lieu du Crescent, aujourd'hui devenu le Repaire, un bar associatif.
L'ancien lieu du Crescent, aujourd'hui devenu le Repaire, un bar associatif., © Radio France / Mathieu MESSAGE

Pelles à la main et musique en tête, les trois amis déblaient la boue présente dans la cave de Christiane Gallix (rue Rambuteau) pour y aménager le Crescent, premier club de jazz Mâconnais. Pourquoi ce nom ? En hommage à l'album de John Coltrane sorti en 1964, véritable référence pour le collectif. Le lieu devient donc un espace de création et de pratique musicale, ouvert au public. Le premier premier concert se déroule le 17 février 1995, avec le pianiste Alain Jean-Marie.

Une petite salle, bas de plafond, où pouvaient se produire jusqu'à 9 musiciens de jazz.
Une petite salle, bas de plafond, où pouvaient se produire jusqu'à 9 musiciens de jazz., © Radio France / Mathieu MESSAGE

Le Crescent est rapidement victime de son succès, avec une cinquantaine de personnes s'entassant régulièrement dans 30m².  Quelques bancs et des poufs pour s’asseoir, et les spectateurs se trouvaient littéralement le nez collé aux instruments de grands musiciens.  Pour Christiane Gallix, qui habite toujours au-dessus, le club de jazz était devenu une référence à Mâcon : « Les gens connaissaient bien le Crescent et il n'y a jamais eu de soucis.  La principale raison, c'est que les musiciens jouaient uniquement en musique acoustique, avec seulement de petits micros sur leurs instruments mais il n'y avait pas encore les amplificateurs qui existent aujourd'hui.  On devait sûrement entendre un petit peu la musique depuis la rue, mais pour nous qui habitions juste au-dessus, ce n'était pas gênant du tout. »

Le bar, où 50 personnes venaient se restaurer entre deux sessions.
Le bar, où 50 personnes venaient se restaurer entre deux sessions., © Radio France / Mathieu MESSAGE

Une émulsion musicale avec les plus grands

Le Crescent attire des artistes du monde entier, et des musiciens américains se mêlent à la scène Mâconnaise. Un lieu où l'on privilégie l'échange, la découverte et l'accompagnement. Une méthode qui porte ses fruits puisque le collectif MU remporte le premier prix au concours international de jazz de La Défense en 1996, puis sont nommés aux Django d'or en 1997 avant de se séparer.

L'accompagnement des artistes se fait aussi grâce à un premier festival hors les murs en 1999, où des lieux comme la Cave à Musique ou l'Auditorium de Mâcon accueillent des concerts. C'est aussi l'époque où les plus jeunes se lancent dans le jazz, grâce à des stages organisés qui accueillent près de 40 élèves.

Lorsque le Britannique Mike Cleaver arrive en Bourgogne, il découvre le Crescent avec son fils, qui a été comme une école pour lui. En effet, Pat Cleaver est devenu jazzman professionnel. Il vit aujourd'hui à Amsterdam et tourne avec le groupe Tin Men & the Telephone. Mike est devenu le président de l'association qui gère le lieu. C'est une manière pour lui de rendre la pareille au Crescent pour l'aide dans la carrière de son fils : « On a donné la chance à des jeunes musiciens dans ce lieu. Je prends l'exemple d'un élève que nous avons accompagné, qui a fait un jam avec des stars américaines pendant notre festival, et qui est désormais auBerklee College of Musicde Boston (Etats-Unis). Je crois qu'il a été fortement touché par ça et mon fils a vécu sensiblement les mêmes moments. » 

Mike Cleaver (président du Crescent) et Jean-Paul Depardon (vice-président) devant des photos des débuts du club.
Mike Cleaver (président du Crescent) et Jean-Paul Depardon (vice-président) devant des photos des débuts du club., © Radio France / Mathieu MESSAGE

Nouveau lieu, nouvelle dimension

Au bout de quelques années, la petite cave ne suffit plus. Le lieu ne paraît plus adapté au monde qu'il accueille, le sous-sol est taxé d'insalubrité et les membres du club veulent voir plus grand. Après 18 années passées rue Rambuteau, les dernières notes sont jouées chez la famille Gallix avant d'imaginer un déménagement. Celui-ci ne se passera pas aussi bien que prévu, car entre les travaux compliqués de la nouvelle salle et l'organisation de ce nouveau départ, les concerts du Crescent doivent être délocalisés dans les autres salles de Mâcon. Un signe qui prouve l'activité culturelle de cette ville de 35 000 habitants et la solidarité qui existe entre les différentes structures culturelles.

Sur les chaises installées dans la salle, sont inscrits les noms des personnes qui ont contribué au Crescent.
Sur les chaises installées dans la salle, sont inscrits les noms des personnes qui ont contribué au Crescent., © Radio France / Mathieu MESSAGE

En 2014, le Crescent s'installe donc place Saint-Pierre, derrière l'église où s'étendait auparavant un immense terrain vague.  Aujourd'hui, la salle propose des concerts à toute la région, qui a su vibrer encore plus fort avec ces concerts de jazz. Et même si la salle accueille d'autres styles musicaux ou des stand-up,  les membres ont souhaité garder l'âme du club. L'un des programmateurs du Crescent, Daniel Jeand'heure, est aussi batteur dans un groupe en résidence dans le club : « Ce qui est resté de l'ancien club, c'est justement l'esprit de la programmation. On continue à défendre les artistes de jazz français et étrangers. Avec cette nouvelle salle, on peut se permettre de faire plus de concerts et d'accueillir des artistes de renommée internationale. Les moyens sont décuplés, surtout avec des bénévoles de plus en plus nombreux qui nous aident. Ici, on fait du jazz dans le sens large du terme, puisque c'est un genre qui a beaucoup inspiré d'autres styles musicaux et le Crescent s'ouvre à toutes ces découvertes. »

Le directeur, Antoine Bartau, s'affaire aussi au bar du Crescent.
Le directeur, Antoine Bartau, s'affaire aussi au bar du Crescent., © Radio France / Mathieu MESSAGE

Après 25 ans d'existence, le Crescent a décidé de souffler ses bougies avec les amis du jazz Mâconnais. Du 21 au 23 février, ce seront 25 musiciens qui se relaieront lors de 5 concerts et 2 jam sessions. Une week-end anniversaire au prix de 10-15 euros la soirée, ou 30 euros pour le week-end complet. Les places sont disponibles à la réservation sur le site du Crescent