L'Astrada : l'autre scène de Jazz in Marciac poursuit sa destinée

L'Astrada, l'étoile de la destinée, est l'autre scène de Jazz in Marciac qui offre aussi une programmation pluridisciplinaire à l'année. Comment fait-elle pour remplir son auditorium de 500 places dans une commune qui compte à peine 1300 âmes ? Rencontre avec sa directrice Fanny Pagès.

L'Astrada : l'autre scène de Jazz in Marciac poursuit sa destinée
L'Astrada est l'autre scène de Jazz in Marciac, © Festival Jazz in Marciac

L’Astrada, c’est l’autre scène de Jazz in Marciac. Inaugurée en mai 2011, « l’Etoile de la destinée » en occitan, ressemble à un navire posé dans un écrin de verdure, où les espaces baignés de lumière entourent un auditorium modulable de 500 places, à la pointe de la technologie acoustique destinée à la création et à l’enregistrement. 

Pendant le festival, la salle a une programmation parallèle au chapiteau. Si l’Astrada a été inaugurée par Wynton Marsalis, une des âmes du festival, et Richard Galiano, son fidèle complice, elle s’ouvre aujourd’hui aux jeunes têtes d’affiche, aux projets novateurs, à un jazz bouillonnant et créatif qui veut toucher un autre public que celui qui se précipite au chapiteau. 

Mais le projet, labellisé « pôle d'excellence rurale » a pour ambition d’aller encore plus loin. L’Astrada est la première scène conventionnée pour le jazz en France, et sa première mission est de développer des actions autour du genre. Formations, résidences d’artistes, actions avec les enfants, et depuis quelques années ateliers d’initiation au jazz proposés aux primaires sur le temps périscolaire, sur le modèle du projet unique en France du Jazz au collège. S'ajoute à cela une programmation pluridisciplinaire, qui tout au long de l’année, présente cirque, théâtre, danse, chanson et actions envers les publics empêchés.

Mais comment remplir une salle de 500 places, implantée dans une commune qui ne compte pendant l’année que 1300 habitants

« Il faut multiplier les actions de sensibilisation, explique Fanny Pagès, nouvelle directrice de l’établissement arrivée en février dernier. Fanny Pagès a longtemps travaillé dans différentes salles parisiennes. A la différence des grandes villes, explique-t-elle, où on se concentre sur la diffusion des artistes, dans un milieu rural il faut avant tout travailler le lien, la proximité entre le public et l'artiste, et même avec les équipes. Ce lien passe par deux axes : tout d'abord, les partenariats avec les établissements scolaires des environs avec lesquels nous travaillons autour du jazz. Evidemment, nous avons une grande proximité avec le collège de Marciac, mais depuis quelques années nous touchons aussi les primaires et les lycéens. Et dans un deuxième temps, attirer le public dans nos murs. Nous essayons de faire de l’Astrada un lieu ouvert pour que les gens se l’approprient et aiment à s'y attarder. Il y a l’association les amis de l’Astrada qui s’est créée, et son rôle est aussi de faire des passerelles avec le public. Elle organise des rencontres et des débats autour de la programmation musicale. »

Faire des passerelles, c'est aussi permettre aux spectateurs de se construire tout un parcours autour d'un concert, explique la directrice. Les libraires et les disquaires sont invités à investir le parvis de l’Astrada, avec les livres autour du jazz et la sélection des disques autour de l’artiste programmé. Et même si le public marciaquais a une vraie sensibilité culturelle, la difficulté, selon la directrice, est d'attirer les jeunes. 

«  Déjà, une fois engagés dans les études, les jeunes quittent la région pour rejoindre les grandes villes. Ils s’éloignent du jazz et n’y reviennent pas, ils écoutent d’autres musiques et se disent que le jazz n’est pas pour eux. Donc l’idée c’est de programmer des artistes qui tissent des liens entre le jazz et les musiques actuelles, pour leur montrer que le jazz n'en est pas si éloigné. »

Des passerelles entre le jazz et les musiques actuelles, mais aussi le contact rapproché avec les musiciens d'aujourd'hui, et notamment à travers des résidences d'artistes pour mettre en lumière la création dans le jazz. 

« Nous avons invité Anne Pacéo en résidence, et le public a pu assister à ses répétitions et échanger avec elle autour de sa création, et nous allons programmer cinq autres artistes en résidence que le public pourra découvrir au fur et à mesure de leur travail. Nous avons remanié les abonnements pour permettre au public de prendre plus de risque et aller au-delà des têtes d'affiche, avec un spectacle offert pour quatre achetés, par exemple. Et nous organisons aussi un stage de pratique instrumentale destiné aux amateurs et encadré par l'artiste en résidence, » rajoute la directrice.

Si l'Etoile de la destinée a pu briller grâce à la notoriété de Jazz in Marciac, aujourd’hui elle souhaite prendre son envol dans la complémentarité avec le festival. A l'image du concert inaugural de la saison en septembre prochain, qui permet à la fois la découverte et un jazz plus accessible à tous les publics : 

« Plusieurs événements dans Marciac et à l’Astrada seront programmés lors du weekend inaugural, avec deux propositions musicales très représentatives du grand écart que l’on peut trouver aujourd'hui dans le jazz, explique la directrice. Tout d'abord avec Joachim Kühn et son projet Love and peace, et à la sortie de ce concert nous retrouverons le jeune ensemble toulousain Pulcinnella, avec un programme classique et un programme festif, un bal pour tous. » Un été indien aux couleurs jazz sous le ciel étoilé de Marciac.