Keith Jarrett, faire corps avec la musique

Musicien multi-instrumentiste transcendé par le jazz, Keith Jarrett divise. Exigeant avec son public, il chamboule les techniques d’improvisation et bouleverse ceux qui saisissent son approche. Alex Dutilh, producteur à France Musique, nous donne quelques clés d'accès à la légende.

Keith Jarrett, faire corps avec la musique
Keith Jarrett, © Getty

Il a baigné dans des formations de très haut niveau et ça l’a évidemment aidé à prendre confiance. - Alex Dutilh

Du jazz en passant par la musique classique, c'est grâce à sa formation musicale pointue que Keith Jarrett se renouvelle sans cesse.
Précoce, il commence la musique à l’âge de 3 ans, donne son premier concert à 7 ans, et devient musicien professionnel à 10 ans.
Miles Davis, Art Blakey, Charles Lloyd… Il se forme aux côtés des plus grands.
En 1968, il crée son premier trio avec Charlie Haden à la basse et Paul Motian à la batterie. Plus tard, ils sont rejoints par Dewey Redman au saxophone et forment ensemble le “quartette américain” de 1971 à 1976.
En parallèle du jazz, Keith Jarrett se consacre à la musique classique, interprétant Bach, Haendel, Mozart mais aussi Chostakovitch.

Il a la conviction d'être traversé par la musique, d'être juste un vecteur d'une musique qui le dépasse, qui est là avant lui. Après lui, il se sent comme un instrument avec ses mains et son corps. Parce que voir un concert de Keith Jarrett, c'est aussi voir le corps du pianiste en mouvement. - Alex Dutilh

Il ne joue qu'après avoir senti l'existence du silence - Alex Dutilh

L’une des particularités de l’artiste, c’est son rapport au silence. Avant ses concerts, il s’isole et semble s’apprêter à entrer dans un état second.  
Le public a une influence direct dans son processus de création : lorsque Keith Jarrett est sur scène, il prend l’improvisation au pied de la lettre.
Ce qui émane de lui résulte de l'atmosphère et de l’ambiance qu’il y a dans la salle, c’est pourquoi il souhaite pouvoir se plonger au mieux dans son travail.
Paradoxalement, ses attentes ternissent sa réputation, pourtant, s’il souhaite une telle discipline, c’est dans le but de créer une expérience unique.  
Sur scène, il cherche, essaye et conçoit directement sous les yeux des spectateurs. Si les conditions sont favorables, alors Keith Jarrett se dévoile : il se lève, il danse, il crie, et semble entrer dans un état de transe.

Je pense qu'il se satisferait d'un seul spectateur dans la salle. - Alex Dutilh

Si Keith Jarrett joue c'est avant tout parce qu'il se met au service de la musique. Guidé par une inspiration presque mystique, il retourne à l'essence même de la création musicale.