Julian Lage : « Le jazz, c'est une histoire de personnes : leur cœur, leur état d'esprit et leur âme »

A 30 ans, il est l'un des meilleurs guitaristes jazz d'aujourd'hui, mais il se définit plutôt comme un guitariste de blues, musique partagée avec son père quand il a commencé à faire de la musique à seulement 5 ans. Portrait de Julian Lage à Jazz in Marciac 2018.

Julian Lage : « Le jazz, c'est une histoire de personnes : leur cœur, leur état d'esprit et leur âme »
Julian Lage dans les coulisses de Jazz in Marciac, © Radio France / Léopold Tobisch

Lorsqu'il est sur scène avec son trio, composé du contrebassiste Jorge Roeder et du percussionniste Eric Doob, l'entente est parfaite. Les musiciens respirent ensemble, les yeux dans les yeux, les instruments se touchent presque dans un dialogue envoûtant. C'est cela, le jazz, et au-delà du genre, c'est cela la musique pour ce musicien virtuose et créatif : le partage dans l'instant présent. Et Julian Lage en a côtoyé bien d'autres, des grands noms de la scène jazz, au cours de son ascension fulgurante. A seulement 30 ans, le musicien compte 25 années de musique, d'abord en famille, puis très vite avec des géants tels Carlos Santana (à huit ans), Pat Metheny, Kenny Werner, Toots Thielemans, Martin Taylor ou encore David Grisman . Mais qui est ce Californien souriant et juvénile, qui enseigne et compose, et qui fait corps avec sa guitare ? Rencontre en coulisses à l'occasion de son concert au festival Jazz in Marciac 2018.

France Musique : Comment en êtes-vous venu au jazz ?

Julian Lage : Je suis entré dans la musique par le blues, et ensuite, tout naturellement je suis passé au jazz, parce que c'était dans l'ordre des choses. On commence par un style et très vite la curiosité nous emmène ailleurs, et dans mon cas, c'était le jazz.

Vous avez commencé à jouer de la guitare très jeune, à 5 ans. Vous dites souvent que votre père avait un rôle très important à vos débuts ?

Ma famille, et notamment mon père, ont été déterminants dans mes choix. A l'époque, mon père s'est mis à la guitare parce qu'il voulait jouer le blues. Pour passer du temps avec lui, je m'y suis mis aussi.  Mon père prenait une leçon avec un professeur et ensuite il me l'enseignait. Pour moi, c'était un prétexte pour être avec lui.

L'environnement est-il important pour donner le goût de la musique à un tout jeune enfant ?

Il l'était pour moi et mes frères et sœurs, en tout cas. Je suis le plus jeune de cinq enfants, et tous mes frères et sœurs sont aujourd'hui dans des métiers créatifs. Et c'est notamment dû au grand soutien que nous avions de nos parents : mon père mais aussi ma mère, très sensible à l'art elle aussi. C'était notre quotidien à la maison.

Julian Lage Trio à Jazz in Marciac 2018
Julian Lage Trio à Jazz in Marciac 2018, © Radio France / Léopold Tobisch

Vous avez eu une formation classique en parallèle à une formation jazz. De quelle façon les deux approches ont nourri votre musique, y voyez-vous des différences ?

J'y trouve aujourd'hui plus de similitudes que de différences, en fait. Mais pour la composition, ce que m'a apporté la formation classique était déterminant, dans le sens du langage et la structure. Par contre, ce qui m'a intéressé dans le jazz, c'est comment la musique se construit lorsque les musiciens communiquent, lorsqu'il jouent ensemble, lorsqu'ils sont connectés l'un à l'autre. 

Vous enseignez aussi..

J'ai enseigné beaucoup plus quand j'étais plus jeune, moins maintenant, mais l'enseignement est une partie importante de ma vie de musicien. 

Est-ce que vous enseignez comme vous-même avez appris la musique ? Quel souvenir gardez-vous de vos années de formation ?

L'apprentissage est une chose très personnelle. Pour ma part, ma formation est passée par le rapport que j'avais aux musiciens avec lesquels je travaillais. C'étaient des personnes que j'admirais et avec qui j'aimais passer du temps. Je trouvais que mes professeurs de guitare étaient tout d'abord des gens intéressants, et le fait de les côtoyer me suffisait. Si cela voulait dire qu'on joue ensemble, très bien, s'ils me disaient comment faire, cela m'allait aussi. Je profitais rien que de leur présence.

Avez-vous cette même proximité avec vos élèves aujourd'hui ?

Non, j'enseigne différemment. Je ressens une grande responsabilité envers eux et m'efforce d'abord de comprendre ce dont un élève a besoin, avant de leur transmettre mon expérience. Autrement dit, je ne suis pas là en tant qu'ami, mais tout d'abord en tant qu'enseignant.

Vous parlez souvent de la communication entre les musiciens, est-ce là votre définition du jazz ?

Du jazz, mais pas seulement, de la musique en général. J'ai de la chance parce que c'est de cette façon-là que les musiciens de jazz conçoivent la musique, et c'est avec cette musique là que je me suis formé. Ils ressentent d'abord la personne, son cœur, son état d'esprit, son âme, et c'est comme cela qu'ils communient.