Le producteur Jean Karakos, fondateur du label BYG, est mort

Homme de l'ombre du milieu de la musique, Jean Karakos est décédé le 22 janvier. Producteur d'une partie de scène no wave puis du rap naissant aux USA et de La Lambada, il a également marqué le milieu du jazz de 1969 à 1971 en publiant des albums majeurs de free jazz.

Le producteur Jean Karakos, fondateur du label BYG, est mort
Jean Karakos, lors d'un entretien réalisé en 2013 par la BNF, © gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Le producteur Jean Karakos est mort dimanche 22 janvier 2017 à l'âge de 77 ans après avoir marqué, loin des projecteurs, le monde de la musique des années 60 à aujourd'hui, de la musique populaire française à la scène no wave en passant par le jazz.

Né de parents immigrés grecs, Jean Georgakarakos commence sa carrière en raccourcissant son nom et en produisant des disques de musique d'Amérique latine, de pachanga (mélange cubain de merengue et de conga), de musique brésilienne et argentine après une première expérience peu fructueuse dans le rock'n'roll. Ce n'est qu'en 1969 qu'il laissera véritablement son empreinte. Deux ans plus tôt, il fonde BYG Records avec Jean-Luc Young (un ancien de Barclay) et Fernand Boruso (qui avait travaillé avec Pierre Barouh chez Saravah). Ensemble, ils distribuent pléthore de 45 tours et de 33 tours de tous les styles, pour la grande majorité en provenance des Etats-Unis.

En 1969, en visionnaire culotté, il tente d'organiser à Paris un festival en partenariat avec Actuel (qui n'est encore qu'un fanzine de free jazz) où se produiraient la fine fleur du rock et de la pop psychédélique (Franck Zappa, Pink Floyd) et les grands du free jazz et de la musique expérimentale (Archie Shepp, Don Cherry). Le festival a finalement lieu au mois d'octobre à Amougies, en Belgique, faute d'autorisations pour l'organiser à Paris, et se transforma rapidement en gouffre financier.

Quatre des 53 albums numérotés et édités dans la Série BYG/Actuel de Jean Karakos
Quatre des 53 albums numérotés et édités dans la Série BYG/Actuel de Jean Karakos, © ©

Ramenés de Carthage (où s'était déroulé un festival de musique) en France par le photographe d'Actuel Jacques Bisceglia à la demande de son grand ami Jean Karakos, Archie Shepp ainsi qu'un grand nombre de membres de la scène free et expérimentale comme Sunny Murray, Anthony Braxton, Alan Silva, l'Art Ensemble of Chicago, Dave Burrell, Don Cherry, trouvent à Paris des lieux où expérimenter et enregistrer, et un label, BYG, pour les distribuer et ainsi écrire l'une des plus belles pages du free jazz, de l'avant garde et d'un jazz de combat extrêmement politisé.

Jacques Bisceglia, dans une interview donnée au magazine Stop Smiling se souvient : « Certains disaient que nous enregistrions des artistes que personne n'avait envie d'entendre. Nous n'imaginions pas que nous faisions des albums qui allaient entrer dans l'histoire. » Une cinquantaine d'albums paraissent sous l'appellation La Série BYG/Actuel, dans des conditions parfois bancales, dans l'urgence (certains produits illégalement) sans forcément signer de contrats avec les artistes. «Je n’ai jamais signé de contrat pour les bandes d’Antibes. Le concert avait été annulé, mais BYG l’a maintenu. J’avais refusé que ce soit enregistré, malgré cela ils l’ont édité en inventant des titres à mes morceaux, je n’ai jamais touché un sou », explique en 2011 Archie Shepp aux Allumés du Jazz. Et d'ajouter : « Ils ont transféré leur compagnie sur l’île de Man où ils sont intouchables. Je les ai poursuivis pendant des années. » Karakos, lui, s'est toujours défendu de toute malhonnêteté.

En 1972, BYG est au plus mal financièrement après une gestion d'entreprise aussi sauvage que l'époque. Jean Karakos, ne quitte pas pour autant le milieu. En 1976, il fonde à New York Celluloid Records et publie, avec l'aide de son producteur maison Bill Laswell, pendant une dizaine d'années, des albums d'artistes comme Fela Kuti, The Last Poets, James Chance ou encore Grandmaster Flash. Et parmi ses plus gros succès enregistrés durant sa carrière, il participe à la production de "Rockit" du pianiste jazz Herbie Hancock en 1983, et produit en 1989 la célèbre Lambada, qui se vend à plus de 15 millions d'exemplaires dans plus de 100 pays, et qui lui vaudra des années de procès pour plagiat.