Jazz Trotter : Susan Alcorn - Pedernal

Au cours des derniers 25 ans, Susan Alcorn a tracé une voie singulière sur la pedal steel guitar, transformant un instrument inextricablement lié à la musique de Nashville ou Hawaï en un véhicule d'improvisation sans lien avec un idiome particulier.

Jazz Trotter : Susan Alcorn - Pedernal
Michael Formanek, Ryan Sawyer, Susan Alcom, Mary Halvorson, Mark Feldman, © David Lobato

Mieux connue pour son travail d'improvisation en solo, Susan Alcorn est passée maître dans l'art de la rencontre en duo improvisé. Elle est également à l'aise de mélanger ces duos avec des ensembles plus importants comme le London Improvisers Orchestra ou le Glasgow Improvisers Orchestra. L'album “Pedernal” qui paraît chez Relative Pitch Records, ouvre un nouveau chapitre pour la guitariste de Baltimore, en la présentant comme une compositrice avec une vision aussi subtile et vivifiante que son jeu de pedal steel.

Le projet est construit autour de certaines de ses collaborations musicales les plus profondes. Susan Alcorn a été une voix essentielle dans l'octet de Mary Halvorson, un ensemble célèbre avec l’album “Away With You” de 2016. Mary Halvorson appréciait déjà la palette étendue de Susan Alcorn et était ravie d'entrer dans ses compositions soigneusement construites. "Susan est une musicienne brillante et tout à fait unique", déclare Mary Halvorson. "La première fois que je l'ai entendu jouer, j'ai été stupéfaite, et après des années de travail avec elle, je continue à l'être. Jouer dans son groupe, c'était comme se mettre dans sa tête pendant une minute. Il y a tellement d'intensité, de beauté sombre et d'imprévisibilité dans cette musique".

Susan Alcorn a également enregistré plusieurs sessions avec le bassiste Michael Formanek, un proche confident musical de son long séjour à Baltimore. Le batteur new-yorkais Ryan Sawyer est un autre vieil ami de Susan Alcorn, un musicien qui s'est épanoui à l'intersection du punk et du jazz tout en collaborant avec des artistes tels que Thurston Moore, TV On The Radio et Zeena Parkins. Le violoniste Mark Feldman, un partenaire créatif pour John Abercrombie ou John Zorn, est un nouveau collaborateur de Susan Alcorn, un artiste avec lequel elle souhaite travailler depuis qu'elle l'a vu se produire avec la pianiste Sylvie Courvoisier il y a quelques années.

L'enregistrement d'un album de groupe centré sur ses compositions était une ambition ancienne de Susan Alcorn, qu'elle ne pensait pas pouvoir réaliser. "Je n'ai jamais pensé que j'aurais l'occasion de le faire, avec un budget correct", dit-elle. "Je voulais jouer avec des gens qui étaient mes amis, et qui pouvaient lire des musiques difficiles, pouvaient facilement aller dans les espaces harmoniques que la musique exigeait. Et ils devaient aussi être de bons improvisateurs".

Une subvention inattendue a donné à Susan Alcorn les ressources nécessaires pour écrire et enregistrer la musique de “Pedernal” (prononcer peh-der-NAHL) avec l’équipe de ses rêves répondant à toutes ses exigences créatives. Mark Feldman s'est plongé dans sa musique, s'épanouissant dans ses espaces harmoniques idiosyncrasiques et ses fenêtres soudaines pour l'improvisation. Les autres artistes étaient déjà profondément imprégnés de la sensibilité de Susan Alcorn. "J'ai joué avec Ryan Sawyer par intermittence pendant 12 ans", dit-elle. "Pareil avec Michael. Je connais Mary depuis à peu près le même temps, mais nous avons joué pour la première fois ensemble en 2014, en duo, au Vision Festival de Brooklyn. Ensuite, j'ai joué dans son octet et avec le groupe Columbia Icefield de Nate Wooley. Donc, en gros, les arrangements et les choix musicaux ont été faits en tenant compte de la personnalité de ces musiciens".

En se retirant dans une casita isolée du Nouveau-Mexique pendant un mois, Susan Alcorn s'est imprégnée de la splendeur naturelle immortalisée par Georgia O'Keefe, en particulier la mesa iconique pour laquelle elle a donné son nom à l'album. “Pedernal” n'est pas une musique décorative conçue pour évoquer le paysage du Southwest, mais Susan Alcorn a conçu la chanson titre en communiquant avec la grandeur austère de la montagne éponyme. Si la première incursion de Susan Alcorn dans la composition pour un ensemble sonne comme une vision pleinement réalisée par une artiste chevronnée, c'est probablement parce qu'elle a l'habitude de penser orchestralement et en termes de composition. C'est dans la nature de son instrument et dans la façon dont elle explore son potentiel.

"Avec la pedal steel guitar, c'est comme si vous aviez votre propre orchestre", dit-elle. "Si vous jouez d'une certaine manière, vous pouvez remplir tout l'univers sonore pour ne rien manquer d'autre”. Ce n'est pas un hasard si elle a été élue Best Other Instrument dans le sondage international des critiques El Intruso de 2016, et a reçu le Baker Artist Award de Baltimore l'année suivante. En 2018, elle et le saxophoniste Joe McPhee ont été les premiers lauréats de l'Instant Award in Improvised Music.

Elle a parcouru un long chemin depuis ses débuts en jouant de la musique country et occidentale, bien qu'elle n'ait jamais renoncé à son amour du genre et à ses impératifs mélodiques. Née à Cleveland, Ohio, en 1953, Alcorn a commencé à jouer de la guitare à l'âge de 12 ans et s'est rapidement plongée dans la musique folk, le blues et la musique pop des années 60. Une rencontre fortuite avec le musicien de blues Muddy Waters l'oriente vers la guitare slide. À 21 ans, elle s'immerge dans la pedal steel guitar, jouant dans des groupes de country et de western swing au Texas. Elle a passé des années à se produire dans les honky tonks de Houston, mais s'est toujours intéressée à un large éventail de styles et de traditions.

Au cours de la dernière décennie, elle a enregistré avec des pointures comme Joe McPhee, Ken Vandermark, Ellery Eskelin et Phillip Greenlief. S'il y a un fil conducteur à travers ses projets et rencontres disparates, c'est le sentiment que chaque note a un objectif. "Je considère l'instrument dont je joue, la pedal steel guitar, non pas comme un objet à maîtriser", dit-elle, "mais comme un partenaire avec lequel partager avec l'auditeur un sens, une profondeur et, espérons-le, une conscience profonde de chaque moment unique où nous sommes ensemble".
(extrait du communiqué de presse en anglais - traduction E. Lacaze / A. Dutilh)