Jazz Trotter : Matthew Stevens - Pittsburgh

Mis à jour le mercredi 27 octobre 2021 à 11h56

Un album solo à la guitare acoustique semblait à Matthew Stevens comme une perspective lointaine. "Peut-être un jour…". Puis vint la convergence de deux événements majeurs : la pandémie de Covid et une fracture du coude. “Pittsburgh” sort chez Whirlwind.

Jazz Trotter : Matthew Stevens - Pittsburgh
Matthew Stevens, © matthewstevens-whirlwind.bandcamp.com/album/pittsburgh

Il ne le savait peut-être pas auparavant, mais le guitariste Matthew Stevens, né à Toronto et installé à New York, prisé pour un son électrique puissant et distinctif sur les albums novateurs “Emily's D+Evolution” et “Exposure” d'Esperanza Spalding, ainsi que sur “12 Little Spells”, récompensé par un Grammy Award, était le candidat idéal pour réaliser un album entièrement consacré à la guitare acoustique solo. L'album “Pittsburgh”, intime, est sans fioritures et intitulé sans détour. Les deux précédentes sorties de Matthew Stevens, “Woodwork” (2015) et “Preverbal” (2017), faisaient appel à l'acoustique des cordes d'acier comme contraste textural vibrant, notamment sur Brothers et Our Reunion (avec Esperanza Spalding comme invitée et co-compositrice). 

En septembre 2020, Matthew Stevens s'est installé dans la ville natale de sa femme, Pittsburgh, toujours occupé à enseigner (en distanciel) à l'Institut Peabody de Baltimore tout en se frayant un chemin à travers la crise. Il avait avec lui une Martin 00-17 vintage, une guitare acajou à petit corps qu'il avait achetée peu de temps après avoir enregistré “Exposure” avec Esperanza Spalding (le studio en avait une autre en sa possession et Matthew Stevens l'a utilisée assez largement sur cet album). En s'exerçant quotidiennement sur la Martin, il a commencé à générer une série de courts "débuts" de chansons - des idées et des brouillons qui, selon lui, pourraient mener quelque part. Avec l'aide de son ami Eric Doob, batteur et producteur attitré, il réalise des versions préliminaires de certains morceaux de “Pittsburgh” pour la série de vidéos virtuelles "Lockdown Sessions" organisées par la Jazz Gallery de New York, et sa vision commence à prendre une forme plus concrète.

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Puis, un jour de pluie à Pittsburgh, le vélo de Matthew Stevens se dérobe sous lui et il se casse le coude droit. Plutôt que de dérailler musicalement, il s'est immergé dans un processus créatif qui l'a mené tout droit à cet enregistrement : un document de ces courts "débuts" de chansons tirés du carnet, maintenant éclos sous forme de compositions complètes. "Jouer cette musique est devenu une grande partie de ma rééducation", se souvient Matthew Stevens. "Ma tante est kinésithérapeute, alors je faisais des séances avec elle en ligne. Elle m'a dit que ce que nous faisons en tant que guitaristes est tellement spécifique, que nous utilisons des muscles dont nous n'avons même pas conscience. Elle m'a dit qu'il fallait que je commence à jouer dès que possible, pour que ces muscles ne se grippent pas et que je ne perde pas de force. Elle m'a dit : "Je sais que tu ne peux pas soulever un sac à provisions, mais si tu te sens capable de jouer, tu devrais le faire". J'aurais vraiment pu faire la mauvaise tête, mais le projet solo m'a offert une voie différente. J'avais du matériel sur lequel travailler et je pouvais m'y perdre parce que cela exigeait beaucoup de répétitions, une concentration particulière sur des choses lentes et délibérées. Cela m'a épargné beaucoup d'angoisses".

Au fur et à mesure que l'album prenait forme, il est devenu évident pour Matthew Stevens qu'il s'orientait vers un récital sans aucun accompagnement, sans overdubs ni superposition de sons d'aucune sorte. Juste lui et cette Martin spéciale, deux micros Neumann U89 et suffisamment de tranquillité d'esprit au cours de deux sessions distinctes pour faire de “Pittsburgh” un moment fort. "J'ai toujours pensé que jouer en acoustique est un excellent moyen de développer un toucher et une connexion avec un instrument", commente Matthew Stevens. "Il n'y a pas d'outil qui vous aide à être expressif, à jouer de manière dynamique ou à créer une ambiance sur une guitare acoustique. Quand vous développez cela, c'est quelque chose que vous pouvez emporter en bagage permanent pour jouer ensuite électrique si vous en avez envie".

Sur le plan de la composition, on peut distinguer des familles de chansons sur “Pittsburgh” : les pièces à motifs arpégés complexes et à débit rapide telles que Purpose of a Machine, Can Am (nommée en l'honneur de la citoyenneté américaine récemment acquise par Matthew Stevens) et Cocoon (un remaniement complet d'une pièce entendue pour la première fois sur “Preverbal”) ; les chansons tranquilles, semblables à des hymnes, Foreign Ghosts, Ending Is Beginning et Miserere ; et les inventions plus granuleuses, plus timbrées et " extérieures " telles que Ambler et Northern Touch. " Tout au long de l'album, on entend une riche résonance et une immédiateté dans le toucher de Matthew Stevens, une saveur qui lui est propre, même s'il s'inspire de John McLaughlin, Pat Metheny, Marc Ribot et d'autres grands noms de la guitare jazz qui ont fait de l'exploration acoustique une part importante de leur démarche.

En plus de son travail avec Esperanza Spalding (en tant que coproducteur sur “Exposure” et “12 Little Spells”), Matthew Stevens est également membre, auteur-compositeur et coproducteur du groupe Social Science de Terri Lyne Carrington. Il a apporté des contributions essentielles aux groupes dirigés par Dave Douglas, Linda May Han Oh, Christian Scott aTunde Adjuah, Ben Williams, Sean Jones, Jacky Terrasson, Justin Kauflin et bien d'autres. Avec le saxophoniste ténor Walter Smith III, il codirige le collectif In Common, qui sortira bientôt son troisième volume avec une formation extraordinaire comprenant Carrington, Kris Davis et Dave Holland. Stevens a également accumulé de nombreux crédits en dehors du monde du jazz, collaborant aux prochaines sorties d'Anna B Savage, Jamila Woods, Tyler Armes (Murdagang) et de l'artiste électronique berlinois Robag Wruhme.
(extrait du communiqué de presse en anglais - traduction E. Lacaze / A. Dutilh)