Jazz Trotter : Krononaut - Krononaut

Issue de la fertile et expérimentale scène jazz de Londres, Krononaut est un nouvel ensemble dirigé par le guitariste et producteur Leo Abrahams et le batteur Martin France.

Jazz Trotter : Krononaut - Krononaut
Krononaut, © Krononaut

Leur premier album “Krononaut” qui paraît chez tak:til/Glitterbeat / Modulor, présente une ambiance sonore spectrale, extension du fameux « fourth world ».

Krononaut est un groupe de métamorphes qui se dilatent dans le temps et qui, en l’espace de deux sessions enregistrées au début de l’année dernière à Londres, ont réussi à produire dix morceaux de musique instrumentale profondément immersive. Leur premier album sort sur tak:til, la branche expérimentale de Glitterbeat, qui compte maintenant quinze sorties aux identités marquées.

Au cœur du projet, nous trouvons Leo Abrahams, dont la guitare a illuminé “Small Craft On A Milk Sea”, un des meilleurs albums de Brian Eno des deux dernières décennies, ici à la guitare et à la production. Ainsi que Martin France, dont la liste de collaborateurs comprend Evan Parker, Nils Petter Molvaer ou Elvis Costello. Au vu de la musique éclatée de Krononaut, il n’est pas surprenant que les deux hommes soient venus  d’horizons opposés.

Leo Abraham a étudié la musique classique et selon ses propres mots « ne peut pas jouer jazz ». Alors que le jeu de Martin France repose justement sur une sensibilité jazz et les interactions impliquées par ce terme. Mais ils possèdent des termes en commun comme la liberté et la créativité. Martin France déclare : « je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui a l’approche de Leo. Il reste ouvert sur la manière et la voie prise. » Leo Abraham retourne le compliment : « je n’avais jamais joué avec un batteur comme Martin auparavant. C’était vraiment excitant. »

Comme participants à la première session, on retrouve Shahzad Ismaily (Tom Waits, Laurie Anderson, Marc Ribot). Comme beaucoup de multi-instrumentistes (sur cet album il joue de la basse), il était désireux de trouver un cadre, une « attitude à chercher pour cette session ». Leo Abraham l’a guidé en jouant du Madoh, musique funéraire du Tajikistan, dont les rythmes uniques ont fini par influencer la guitare et la batterie de ce disque. Pour la deuxième session, le duo a été rejoint par le bassiste Tim Harries (June Tabor, Byrne & Eno), la saxophoniste américaine Matana Roberts et le maestro de la trompette, le suédois Arve Henriksen. A l’exception des magnifiques lignes mélodiques d’Arve Henriksen, Krononaut a été improvisé en direct et sans overdubs.

Pourtant, les paysages sonores de l’album ne sont jamais confus ou flous. Cela vient surement d’une influence spirituelle du projet : le pionnier et avant-gardiste Morton Feldman. Comme le souligne Leo Abraham : « en terme d’harmonie et de réitérations presque ludiques mais aussi rituelles des motifs, les structures de Feldman ne sont pas linéaires dans le sens conventionnelles, elles sont plutôt comme des réfractions d’un ensemble d’intervalles et de motifs. Contemplatives plutôt que directionnelles. Et c’est quelque chose qui m’a beaucoup intéressé comme une base possible pour mes improvisations. »
(extrait du communiqué de presse)