Jazz Trotter : Josephine Davies - How Can We Wake ?

Avec “How Can We Wake ?” qui paraît chez Whirlwind, la saxophoniste britannique Josephine Davies réaffirme sa singularité dans le monde du jazz international avec Satori, un trio avec lequelle elle travaille depuis 2016..

Jazz Trotter : Josephine Davies - How Can We Wake ?
Josephine Davies, © Whirlwind

Josephine Davies choisit de collaborer avec deux artistes inclassables comptant parmi musiciens britanniques les plus talentueux : Dave Whitford à la contrebasse et James Maddren à la batterie. Ces deux compères combinent des prouesses techniques et un appétit redoutable pour l'improvisation qui font d'eux les partenaires parfaits pour accompagner Josephine Davies dans cette aventure. 

Satori est un terme zen décrivant un moment de présence et un espace de paix intérieure loin du fouillis des préoccupations quotidiennes. Cet album illustre parfaitement le nom donné à la formation à travers une suite de morceaux oscillants entre des espaces de composition et des improvisations spontanées du trio. L'album a été enregistré lors d'un concert donné dans un pub londonien du quartier de Kentish Town. Inspirée par les écrits du sage indien Patanjali, Davies a pensé les titres de « How Can We Wake ? » comme un ensemble de mélodies et de rythmes permettant au trio d'explorer l'intensité du moment présent.

« Les interactions du trio sont basées sur des improvisations simultanées : les morceaux aspirent plus à refléter les différents états intérieurs qu'un habituel assemblage d'idées musicales particulières. Dave Whitford et James Maddren sont des musiciens incroyablement créatifs, ce qui, en tant que compositrice, m'a appris à privilégier le minimalisme à l'abondance, leurs identités musicales respectives étant si fortes. James a tellement de voix différentes et génère un mouvement constant autour de moi quand que je joue, et le son de la contrebasse de Dave est incroyablement profond et ancré. Ils sont merveilleux ! ».

« Chaque mouvement explore une des définitions de l'être selon Patanjali, qui inclut à la fois les humeurs négatives et positives reflétant la manière dont nous valsons tous d'un état à l'autre. C'est pour cela que j'ai voulu enregistrer en live, pour que chaque morceau puisse être lié aux autres alors que nous les enchaînons. Ananda est l'état de béatitude. Je me sentais très calme et positive en le jouant, ce qui est assez inhabituel pour moi qui peut être relativement extatique. » Il est suivi par Duhkha - Pervasive Dissatisfaction qui est exprimé par l'exploration dynamique et passionnée d'un solo de batterie par Maddren. Puis, Nirodah - The Possibility of Liberation est interprété à travers une mélodie incroyablement ardente, née du dialogue entre les basses profondes et boisées de Dave Whitford et la chaleur de la tonalité ténor du sax de Josephine Davies. Mudita est une mélodie joyeusement irrévérencieuse, inspirée par le Golden Circle trio d'Ornette Coleman - « dont j'aime la crudité et la liberté » - le morceau est développé dans un long souffle où chacun des musiciens est libre d'orienter dans la direction qu'il souhaite. Daya est inspiré par l'essence de la compassion, articulé par un fil soprano plaintif qui  s'entremêle à une basse résonante. Il est suivi du groove impétueux de Klesha - Affliction, que le trio entame dans le tumulte et clôt dans une atmosphère positive et la conclusion est une reprise spontanée de Ananda - Bliss.

How Can We Wake ?” est la première ligne d'un poème écrit par la mère de Josephine Davies qui résonne particulièrement avec les circonstances actuelles, imprévues lors de la conception et de l'écriture de l'album, mais qui exige désormais une plus grande attention de notre part. « Nous pouvons être contraint d'être pleinement conscient et vivant, de nous faire face, à nous-même et à nos responsabilités, pour ne pas retomber dans la léthargie. »