Jazz Trotter : Jen Shyu - Song of Silver Geese

Parution le 10 novembre de « Song of Silver Geese » de Jen Shyu chez Pi Recordings.

Jazz Trotter : Jen Shyu -  Song of Silver Geese
Jen Shyu, © Lynn Lane

En avant-première de la parution le 10 novembre de son album « Song of Silver Geese » chez Pi Recordings, la chanteuse, compositrice, danseuse et multi-instrumentiste américaine née à Peoria (Illinois), de parents taïwanais et timorais, Jen Shyu est en concert les vendredi 27 et samedi 28 octobre au Glass Box Performance Space de la New School à New York (USA), le nouveau lieu new-yorkais programmé par John Zorn.

Jen Shyu est diplômée de l'Université de Stanford en violon et danse classique et a déjà joué des concertos pour piano avec des orchestres symphoniques à l'âge de 13 ans. Elle a également étudié la musique traditionnelle et la danse à Cuba, au Brésil, en Chine, en Corée du Sud, au Timor oriental et en Indonésie. Elle a joué avec Steve Coleman, Anthony Braxton, Bobby Previte, Chris Potter, Michael Formanek, et David Binney. Elle a produit sept albums en leader qui ont fait d'elle la première femme chef d'orchestre chanteuse et artiste chez Pi Recordings.

Quand les sons deviennent musique, c’est souvent là que soufflent les émotions. Et les émotions sont à l’origine de la musique de Jen Shyu. Ici la tristesse et la douleur sont insufflées par l’histoire de la fille orpheline de Sri Joko “Cilik” Raharjo, le maître de Wayang Kulit (théâtre d’ombre javanais) et ami de Jen Shyu. Mais au lieu de nous perdre dans la tristesse, la voix magique de Jen Shyu et la sensibilité de ses musiciens font surtout résonner ensemble des émotions qui nous guident et nous portent dans ces moments-là, révélant l’écho du monde en nous.

Et les émotions passent à travers des interprétations libres, créatives et sensibles des langues et des musiques indonésienne, javanaise, taïwanaise, mandarine, tétoum, coréenne et américaine. C’est alors une véritable expérience intime et collective qui invite au partage des émotions, au déplacement de soi vers les autres et à la découverte de l’autre en soi. Alors, la force de l’empathie délivre et revivifie. C’est un appel à ce que l’art soit une expérience complète puisque « l’expérience est une forme de vitalité plus intense. Au lieu de signifier l’enfermement dans nos propres sentiments et sensations, elle signifie un commerce actif et alerte avec le monde » (John Dewey).

Décrit par Shyu comme “un drame de musique rituel multilingue”, “Song of Silver Geese” combine des structures composées, de nouveaux systèmes d’improvisation et des techniques vocales formées par son immersion dans diverses langues et cultures. Ainsi, se côtoient la musique shamanique de la côte est de la Corée, la musique folklorique et les textes des cérémonie du Royaume de Wehali du Timor, les chansons folkloriques de Hengchun à Taïwan et les sindhenan javanais, chants improvisés avec le gamelan d’Indonésie.

Originalement conçu comme une performance avec le danseur-improvisateur Satoshi Haga, la musique de Jen Shyu fait aussi appel aux improvisations de son groupe Jade Tongue avec Chris Dingman (vibraphone), Mat Maneri (viola), Thomas Morgan (bass), Satoshi Takeishi (percussion), Anna Webber (flutes), Dan Weiss (drums) et le Mivos quartet. Shyu elle-même chante, danse, joue du luth taïwanais (moon lute), du gayageum (zither traditionnel coréen, instrument à cordes), du piano et parfois du violon.

« Song of Silver Geese » est dédié à deux des mentors de Shyu dont les textes sont le centre de cette pièce : l’ingénieur et poète taïwanais Edward Cheng, mort d’un cancer en 2015 et Sri Joko Raharjo “Cilik”, un maître du Wayang Kulit, l’art javanais des marionnettes d’ombre, décédé avec sa femme et son jeune fils dans un accident de voiture à l’âge de 30 ans. Sa fille de 6 ans, Nala, qui a survécu au crash, a inspiré le personnage central de ce travail. Dans la narration, Shyu imagine Nala juste après l’impact du tragique accident, rencontrant trois guides spirituels qui l’aident à surmonter sa peine avec des messages de consolation et d’espoir.

Ils comprennent Ho’ar Nahak Samane Oan, la guerrière timoraise qui s’était déguisée en homme pour combattre un adversaire, Baridegi, du folklore coréen, connue comme la mère de tous les shamans et Chen Da, la virtuose nomade taïwanaise presque aveugle, du moon lute qui définit la chanson folklorique Hengchun. Les neufs compositions de cette oeuvre, sont conçues comme une série de “portes” qui s’ouvrent chacune sur un monde fantastique. Cette métaphore est en partie inspirée par une histoire que Shyu a entendu à la radio This American Life dont l’épisode “Act One. Really Long Distance” raconte l’histoire touchante du Kaze no Denwa (le téléphone du vent), une cabine téléphonique au Japon que des personnes viennent visiter pour parler aux êtres aimés qu’ils ont perdu lors du tremblement de terre Tohoku et du tsunami de 2011. En février dernier, Shyu a rencontré le propriétaire de la cabine, qui lui a donné la permission de composer une musique sur sa poésie “Neuf Portes”. Chanté en anglais, indonésien, javanais, taïwanais, mandarin, tetum wehali et coréen, “Song of Silver Geese” reflète les parallèles qui existent entre la vie et la mort, les différentes cultures et l’importance de l’empathie pour surmonter les instincts destructeurs qui divisent l'humanité.