Jazz Trotter : Gary Bartz - Jazz is Dead #6

L’ombre de Gary Bartz sur la Great Black Music avant-gardiste américaine des six dernières décennies place le musicien de 80 ans dans un rôle de contributeur évident et incontournable de la grande aventure du label Jazz Is Dead.

Jazz Trotter : Gary Bartz - Jazz is Dead #6
Gary Bartz, © Ella Hovsepian

Reconnu comme l’un des saxophonistes alto les plus influents, trempé dans toute l’histoire et la tradition portées par son instrument, Gary Bartz n’a jamais cessé d’expérimenter, sans jamais se limiter à aucune forme de purisme, gagnant le respect de ses pairs et l’admiration des générations qui l’ont suivi ; admirateurs dont font partie Adrian Younge et Ali Shaheed Muhammad, qui ont produit ce nouvel album du vétéran de Baltimore : “Jazz Is Dead 006”.

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Le cœur de la musique de Gary Bartz dévoile un enchevêtrement d’influences qui parcourent l’histoire même de la musique qu’il agite depuis les années 60 : bebop, hard bop, free jazz, spiritual jazz, soul jazz, jazz funk, fusion et même acid jazz; le tout se fondant dans ce qui reste inévitablement la musique de Gary Bartz et de personne d’autre. Les rencontres et collaborations égrenées durant sa carrière illustrent ça à la perfection : depuis ses premiers travaux aux côtés d’Eric Dolphy et McCoy Tyner au sein du Jazz Workshop de Charles Mingus, de Max Roach et Abbey Lincoln, un bref passage au sein des Jazz Messengers d’Art Blakey ou, évidemment aux côtés de Miles Davis.

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On retrouve aussi d’autres pierres angulaires de la trajectoire de Bartz, comme les albums influents et défricheurs du Ntu Troop au début des années 70 et les deux classiques jazz-funk enregistrés avec les Mizell Brothers; dont l’un d’eux sera samplé par A Tribe Called Quest avec une évidence et une force rare. Plus encore, le catalogue de Gary Bartz aura été une source à samples intarissables pour de nombreux rappeurs et producteurs : Jurassic 5, Warren G, Showbiz, Z-Trip, Statik Selektah et bien d’autres.

Mais c’est vraiment le contenu social et politique de l'œuvre de Gary Bartz qui va laisser, dans l’esprit collectif, une trace importante, notamment au début des années 70. Bartz a très vite conscientisé les problématiques de son époque, qui n’ont malheureusement pas beaucoup changé - le tout bien avant que le terme “woke” ne devienne un vrai mouvement en soi. De quoi apporter, aujourd’hui encore, une résonance et une pertinence indéniables à des albums comme le classique Harlem Bush Music.

“Collaborer avec Gary Bartz a littéralement, pour nous, illustré toute l’esthétique derrière Jazz Is Dead”, commente Adrian Younge. “C’est un phare pour nous, qui a énormément contribué à notre culture musicale, durant des décennies. Son habileté musicale ne cesse de se développer, l’âge avançant, et on est honoré de faire partie de son univers désormais.”

“Day By Day” positionne Bartz dans un contexte plus moderne, on retrouve l’énergie de Ali Shaheed, piochant même dans un répertoire plus neo-soul, s’appuyant sur ce chœur de voix qui vient réchauffer plus encore le morceau et se rappeler aux bons souvenirs des fans des Mizell Brothers.

Avec sa ligne de basse propulsée serpentant sur tout le morceau, The Message prend racines dans le jazz modal 70s classique et fait office d'œuvre spirituelle centrale de l’album, chargée en émotions. L’interaction entre les musiciens et les textures du morceau n’auraient pas dépareillé au sein du catalogue du label Black Jazz, bien qu’il porte aussi une impression très post-moderne, bien calée au sein du XXIème siècle, en ligne avec la persistance de Bartz à regarder vers l’avant, jamais en direction du passé.

L’énergie d’un morceau comme Black And Brown est une véritable immersion au sein de l’idiome jazz-funk classique, une explosion fusion intense qui donne l’impression d’être l’extension d’un jam 70s condensé en 3 minutes intenses, avec un Bartz soufflant librement et avec joie sur des territoires musicaux qui lui sont familiers.

Si une pièce comme Spiritual Ideation renvoie à quelque chose en termes d’ambiance, c’est évidemment l’atmosphère d’un album comme le classique de 1975 “The Shadow Do”. Les accords du morceau semblent se déplacer d’une manière identique à ceux de l’album en question, transposés dans ce qui est devenu, au fil des sorties, la patte sonore Jazz Is Dead. Le phrasé et la tonalité de Bartz sont immédiatement reconnaissables et s’appuient avec force sur les productions de Younge & Muhammad tout autant qu’il avait su le faire avec brio sur les productions des Mizell Brothers 45 ans auparavant.

Gary Bartz apporte son savoir-faire, son expérience et sa connaissance fine du terrain musical dans ce nouveau millénaire, réaffirmant ses références jazz élevées à une toute nouvelle génération d’amateurs de musique. Du haut de ses 80 ans, Gary Bartz est resté un musicien actif, affairé, énergique, et cette nouvelle collaboration avec Jazz Is Dead en est une preuve éclatante. Comme on pouvait s’y attendre, il apporte à Adrian et Ali sa quête musicale incessante, celle que l’on retrouve aussi dans l’esprit du label lancé par les deux producteurs.
(extrait du communiqué de presse en anglais - traduction E. Lacaze / A. Dutilh)