Jazz Trotter : Ches Smith, We All Break - Path of Seven Colors

Avec son groupe We All Break, le batteur américain Ches Smith fusionne des éléments du vaudou haïtien et du jazz contemporain sur son album “Path of Seven Colors” qui paraît chez Pyroclastic.

Jazz Trotter : Ches Smith, We All Break - Path of Seven Colors
Ches Smith We All Break, © Mimi Chakarova

L'enregistrement et le film qui l'accompagne, mettent en évidence la connexion synergique du groupe et le mélange exaltant et alchimique des formes musicales. "J'ai été sur scène un peu partout, et je connais énormément de musiciens, mais des projets comme celui-ci sont le genre de choses pour lesquelles on vit" explique le saxophoniste Miguel Zenón, lauréat d’une bourse MacArthur Miguel Zenón

Comme la plupart des grandes formes d'art, le jazz s'est développé en combinant des éléments auparavant distincts et disparates en quelque chose de nouveau. Les musiciens de We All Break suivent cette tradition sur ce nouvel album, “Path of Seven Colors”, sorti le 11 juin chez Pyroclastic Records. L'album, qui fusionne de manière remarquable la musique traditionnelle vaudou haïtienne et la composition et l'improvisation au goût du jour, propose huit pièces mouvantes et émouvantes interprétées par un octet de classe mondiale.

Fruit de l'imagination du batteur et compositeur Ches Smith, We All Break réunit le pianiste Matt Mitchell, le saxophoniste Miguel Zenón, le bassiste Nick Dunston, la chanteuse Sirene Dantor Rene et les percussionnistes Daniel Brevil, Markus Schwartz et Fanfan Jean-Guy Rene. L'album bénéficie d'un emballage de luxe comprenant deux livrets détaillés avec des photos, des récits piste par piste et des paroles en créole haïtien et en anglais ; il comprend également un disque bonus de l'enregistrement éponyme de 2015 par le quartet original (Smith, Mitchell, Brevil et Schwartz). En outre, la musique et le processus de collaboration de l'ensemble sont mis en lumière par un film de 50 minutes intitulé "We All Break", disponible depuis le 11 juin via les sites Web de Pyroclastic, de Ches Smith et de la cinéaste Mimi Chakarova. 

Alors que le premier album du groupe était composé d'un quartet de trois batteurs et d'un piano (et parfois d'un chanteur), le nouvel enregistrement fait appel à un octet pour orchestrer le matériel et élargir considérablement la dimension vocale, poussant le groupe sur un terrain nouveau. "Il n'existe aucun modèle existant mariant de cette manière les chansons traditionnelles haïtiennes avec des compositions instrumentales originales et de l'improvisation contemporaine", déclare Ches Smith. "Nous devions simplement continuer à essayer des choses, dans un esprit d'expérimentation, jusqu'à ce que l'équilibre soit bon et que nous ayons créé notre propre moule." Cela fait 20 ans que Ches Smith se passionne pour la vaudou haïtien ; “En 2000, une compagnie de danse haïtienne avait fait appel à moi. J’ai été tout de suite fasciné par des correspondances entre cette culture et mon travail : polyrythmie, polytonalité, improvisation, l’attention aux timbres, les rapports tension-détente, la vivacité du potentiel de surprise… Je me suis totalement ressourcé en baignant dans ces formes traditionnelles.

Sa vision de la composition visait à incorporer et à transformer des éléments de cette tradition. "Je voulais que ces éléments soient au centre de chaque morceau : la place du chant principal par rapport au chœur, les relations polytonales entre les chanteurs et les tambours, les conversations entre les tambours et les kase (les breaks)", dit-il. "Un rythme traditionnel serait la base de chaque composition, tandis que les associations spirituelles, politiques et visuelles de ce rythme pourraient fonctionner comme des puits profonds d'informations et de feelings, faisant passer l'œuvre dans une nouvelle dimension."

Le sens mélodique et harmonique du pianiste Matt Mitchell, ses talents d'improvisateur et son sens aigu du rythme en faisaient un élément naturel pour le groupe. Ches Smith a également fait appel à ses maîtres-enseignants, Brevil et Schwartz. "_Je savais qu'ils me diraient directement si ce projet fonctionnait ou no_n", dit Ches Smith. Il a également fait appel à Jean-Guy Fanfan Rene, co-leader avec Sirene Dantor Rene du groupe d'activisme vaudou Fanmi Asòtò. Ches Smith a également eu l'idée d'étoffer la partie grave de l'ensemble, en faisant appel à Nick Dunston :  "J'ai imaginé une tapisserie large, tendue, multicolore et dense en détails rythmiques dans les basses fréquences de la musique. Ce son inclurait la contrebasse pour ses rôles harmoniques et de maintien du temps, mais aussi pour fonctionner, insidieusement, comme un cinquième batteur."  

Par un heureux hasard, Ches Smith a donné un concert avec le saxophoniste alto Miguel Zenón, qui a exprimé son intérêt pour les tambours haïtiens. Ches Smith dit : "Son jeu sur ses propres disques et ses compositions étonnantes m'ont fait comprendre qu'il serait une force supplémentaire pour faire avancer la musique." L'ajout final à l'octet est né de la suggestion de Brevil d'ajouter une voix féminine. C'est le cas avec Sirene Dantor Rene. "Elle chante avec une conviction suprême", dit Ches Smith, "en utilisant des inflexions traditionnelles dans une voix très personnelle".

Brevil a commencé à trouver des chansons, des mélodies et des paroles traditionnelles vaudou à nicher dans les compositions instrumentales de Ches Smith. "_Daniel a composé lui-même un grand nombre de ces chansons et a cherché avec ferveur d'autres chansons dans la tradition, ce qui a donné lieu à un ensemble d'œuvres à plusieurs auteurs. Sa sélection a soulevé des questions sur la distinction entre "traditionnel" et "original". J'ai lu un jour que de nouvelles chansons pouvaient être créées dans une maison vaudou particulière et entrer dans la tradition de cette manière. C'est peut-être ce qui s'est passé sous mes yeux avec les chansons originales de Danie_l".

Le groupe a répété et enregistré pendant une semaine en février 2020 dans un climat de respect mutuel, de concentration, d'excitation et d'engagement à aller jusqu'au bout de leur collaboration pionnière. Ches Smith déclare : "Un sentiment presque étrange nous a accompagnés tout au long du projet. Si je peux me permettre une petite spéculation : si dans le vaudou l'invisible devient visible, ici, peut-être, l'inaudible devient audible."
(extrait du communiqué de presse enanglais - traduction E. Lacaze / A. Dutilh)