Jazz Trotter : Carsten Dahl "Painting Music"

Comme Daniel Humair, Fabrice Moreau ou Meredith D’Ambrosio, le pianiste danois Carsten Dahl est à la fois musicien et peintre. Il arrive, comme dans “Painting Music”, qui vient de sortir chez ACT/Pias, que les deux activités se rejoignent.

Jazz Trotter : Carsten Dahl "Painting Music"
Carsten Dahl, © Emil Hornstrup Jakobsen / ACT

Les airs sont immédiatement reconnaissables : des standards connus tels que All The Things You Are, Over The Rainbow ou Autumn Leaves. Et pourtant, l'auditeur a toujours l'impression d'entendre quelque chose de complètement nouveau. Sur "Painting Music", le pianiste danois Carsten Dahl donne son propre point de vue sur certains des grands classiques du répertoire jazz d'une manière très personnelle, résolument individuelle et complètement révélatrice.

Né en 1967, Carsten Dahl est arrivé à l'instrument très tard. Il a commencé la batterie à l'âge de 9 ans ; à l'âge de 12 ans, il était déjà bien avancé pour devenir un professionnel et à 18 ans, il a été admis au célèbre Conservatoire de musique rythmique de Copenhague, où ses professeurs était le batteur américain Ed Thigpen. Et ce n'est que pendant son séjour au CMR qu'il est passé au piano, un instrument sur lequel il n'avait jamais eu une seule leçon jusque là. Carsten Dahl a donc recommencé ses études, d'abord avec Jǿrgen Nielsen, puis avec son mentor Butch Lacy, que Dahl considère toujours comme son influence la plus importante.

Un parcours inhabituel pour Dahl : "Je n'ai jamais choisi l'art. Il veut quelque chose de moi, ou plutôt - l'informatique veut quelque chose de moi, avec l'art comme instrument", dit-il. "L'univers a un son et un rythme. Tout va de l'avant, soit puissant et explosif, soit modeste et comme des ombres lentes dans un paysage. L'énergie, qui me pousse dans un déploiement artistique, est le pouvoir de l'univers. Je me sens traversé : je suis peint ou joué."

Carsten Dahl avait de bonnes raisons de vouloir se connecter à l'art comme force primordiale car son talent était évident dès le début de sa carrière. Son premier projet de groupe, Embla, a fait sensation sur la scène jazz danoise. S'en suivit une période intense avec d'innombrables collaborations. Dahl a eu beaucoup de succès avec ses propres projets, non seulement en jouant avec de grandes figures locales et scandinaves comme Arild Andersen, Jon Christensen ou Cæcilie Norby, mais aussi avec des stars internationales comme Didier Lockwood, Dave Liebman et Wynton Marsalis. En plus de 25 ans de carrière, Carsten Dahl a joué sur plus de 250 CD et en a produit plus de 30.

Récipiendaire de prix et de récompenses remarquables, tels que le Ben Webster Award, le Django d'Or, le Carl Nielsen Prize et une nomination aux Grammy, Carsten Dahl est l'un des artistes les plus diversifiés de la scène jazz européenne. Cela dit, son empreinte personnelle est indubitable dans tous ses projets, qu'il s'agisse d'enregistrements en solo, d'œuvres pour orchestre, de free jazz, des Variations Goldberg de Bach ou du Clavier au caractère bien trempé… Il est également très impliqué dans la peinture : le motif accrocheur de "Painting Music" est l'œuvre de Dahl lui-même.

L'ambition de Siggi Loch, propriétaire/producteur du label, étant de réunir les meilleurs pianistes européens sur ACT, le moment est venu de découvrir ce "musicien pour musiciens", ce secret soigneusement gardé, à un public plus large. Et le Trinity Trio de Carsten Dahl tombe à pic, avec le bassiste Nils Bo Davidsen et le batteur Stefan Pasborg : "C'est ma formation préférée. Nous jouons ensemble depuis plusieurs années dans mon grand ensemble Experience. Dans cet enregistrement, c'était comme si nous étions en train de peindre tous ensemble sur une seule toile, fusionnant nos perceptions en un seul esprit. C'est une expérience musicale rare et très précieuse", remarque le pianiste.

Les huit reprises de l'album vont d'une chanson folklorique danoise à Solar de Miles Davis, en passant par deux compositions originales écrites collectivement par le groupe. Il y a ici des mélodies fortes, introduites en douceur, que Carsten Dahl reprend ensuite avec son inépuisable ingéniosité. C'est une peinture musicale qui ne manque pas de fasciner et de captiver.
(extrait du communiqué de presse en anglais - traduction E. Lacaze / A. Dutilh)