Jazz Trotter : Bill Evans - Live at Ronnie Scott's

Resonance Records publie un troisième volume d’enregistrements inédits de Bill Evans avec son trio éphémère de 1968, Eddie Gomez et Jack DeJohnette. Après la version vinyle, “Bill Evans Live at Ronnie Scott’s” sort en CD et en version numérique ce vendredi.

Jazz Trotter : Bill Evans - Live at Ronnie Scott's
Bill Evans, © François Jaquenod for GM Press

Comme toujours chez Resonance, le livret qui accompagne la musique est particulièrement documenté. On y trouve un essai de synthèse du critique Brian Priestley, de nouveaux entretiens avec Gomez, DeJohnette et Chick Corea ainsi qu’un ami proche de Bill Evans, Chevy Chase. Le dessin de couverture, unique en son genre, est signé par l'artiste légendaire David Stone Martin.

Resonance a déjà sorti deux albums inédits de ce trio éphémère de Bill Evans en 1968 avec Eddie Gomez et Jack DeJohnette. Combo célèbre pour avoir gravé cette année-là au Festival de jazz de Montreux un album Verve récompensé d’un Grammy Award. Enregistré le 15 juin 1968, ce fut longtemps le seul album témoignant de cette formation au cours de sa brève existence. 

Mis au jour par le coprésident de Resonance, Zev Feldman (aka "the Jazz Detective"), Sorti précédemment, “Some Other Time : The Lost Session From the Black Forest” (2016) est un double album studio, enregistré cinq jours après l'apparition du trio Evans-Gomez-DeJohnette à Montreux, qui était oublié dans les archives allemandes pendant 50 ans. Une deuxième découverte historique, “Another Time” (2018), fut enregistrée deux jours plus tard par la Netherlands Radio Union à Hilversum. 

Ces enregistrements ont été salués par les magazines DownBeat et JazzTimes aux États-Unis, Jazzwise au Royaume-Uni et le référendum NPR Music Jazz Critics Poll. 

Issu des archives personnelles de Jack DeJohnette, ce “Live at Ronnie Scott's” comprend 20 morceaux étincelants capturés pendant le mois de résidence du trio au club du saxophoniste-impresario éponyme, dans le Soho londonien. C'est le deuxième album live de Bill Evans chez Resonance à émaner de ce lieu après “Evans in England” sorti l’an passé, avec Eddie Gomez et le batteur Marty Morell en 1969. 

Les enregistrements de la formation Evans-Gomez-DeJohnette sont aussi prisés que rares. DeJohnette était un accompagnateur particulièrement en empathie avec Bill Evans, car il avait été pianiste avant de choisir la batterie. Malgré cette alchimie, le trio n’a joué ensemble que pendant six mois. Pendant leur séjour au Ronnie Scott’s, Miles Davis est passé voir le trio, et le trompettiste a rapidement recruté DeJohnette pour son nouveau groupe. Fin 1968, Marty Morell sera engagé par Evans pour lui succéder, et il restera avec le pianiste jusqu'en 1974. 

Brian Priestley, éminent critique, auteur, homme de radio et pianiste britannique, qui a vu le trio de Bill Evans en 1968 en action, évoque la prestation de Londres et le répertoire de Bill Evans à ce moment-là. Pour lui, la qualité musicale des prestations est "irrésistible, voire parfois écrasante, au point d'impressionner à nouveau l'auditeur". 

“Live at Ronnie Scott's” propose également une interview, menée par Zev Feldman, avec en parallèle DeJohnette et le pianiste Chick Corea, qui se sont ensuite retrouvés chez Miles Davis. Se souvenant de son court mais mémorable passage chez Bill Evans, DeJohnette déclare : "La musique était à un niveau de créativité vraiment élevé, et je suis heureux d'avoir documenté cela, et la bande était assez bonne pour que Resonance puisse l'utiliser... Vous avez vraiment la chance d'entendre Bill étirer ses improvisations.

"Bill était un héros pour moi et pour toute notre génération", dit Chick Corea à propos de Bill Evans. "Bill représentait la génération qui nous a précédés, et nous l'admirions tous particulièrement pour ses enregistrements avec Scotty [La Faro] et Paul [Motian], le bassiste et le batteur”

Dans son interview, Gomez déclare à propos de l'enregistrement : "Il est instructif de revenir en arrière et de revivre des moments qui sont ancrés dans votre mémoire d'une manière totalement différente ; l’effet du temps… Cinquante-deux ans, c'est un demi-siècle. C'est une longue période. Alors revenir en arrière, l'écouter, y réfléchir et voir les changements qui se sont produits en chacun de nous trois vous donne une vision différente". 

L'élément le plus inattendu du livret est peut-être une longue interview du grand acteur comique et fan de jazz Chevy Chase. Il a rencontré la musique de Bill Evans alors qu'il était mineur et a commencé à se lier d'amitié avec le pianiste alors qu'il était étudiant au Bard College, où il jouait dans un groupe avec son camarade de classe Donald Fagen de Steely Dan. Il remarque que la musique de Bill Evans était "le jazz le plus lyrique que l'on puisse entendre, en termes de jazz qui n'était pas chanté. C'était tout simplement magnifique. Et pourtant, c'était très complexe. Tous ceux que je connais ont essayé d'être Bill, mais il suffit de mettre une petite vidéo de Bill ou un disque et de dire : "Essayez ça". Il avait vraiment un toucher de piano inégalable.
(extrait du communiqué de presse en anglais - traduction E. Lacaze / A. Dutilh)