Jazz Culture : Stochelo Rosenberg et Romane - Gypsy Guitar Masters

Parution de « Gypsy Guitar Masters », intégrale Romane volume 11 chez Frémeaux.

Jazz Culture : Stochelo Rosenberg et Romane - Gypsy Guitar Masters
Romane & Stochelo Rosenberg

Stochelo Rosenberg et Romane croisent les cordes pour la troisième fois sur disque et pour la première fois en live. Enregistré en 2005, cet album témoigne de toute la complicité et du plaisir musical que ces deux figures tutélaires du jazz manouche, au sommet, éprouvent à jouer ensemble. Ce coffret CD + DVD permet de retrouver un documentaire de 52’ de Sophie Paviot, agrémenté de bonus et anecdotes, et une vidéo de 30’ du concert.
Augustin Bondoux

Après la réussite d’« élégance » et de « double jeu », il aurait été dommage de ne pas présenter Romane et Stochelo en concert, car c’est en live, sans filet, que cette musique donne sa pleine mesure ; et là, non seulement on les entend (11 titres enregistrés le 8 octobre 2005 à l’opéra comédie de Montpellier) mais on les voit, grâce à un bonus DVD d’une heure trente qui se divise en 3 parties. Dans un documentaire de 52’ écrit et réalisé par Sophie Paviot, les deux guitaristes évoquent les circonstances qui les ont amenés à devenir musiciens, à se rencontrer (c’était lors du festival de Samois en 1989) et à jouer ensemble. Au fil d’une conversation détendue et souvent humoristique, ils parlent de leur découverte de Django et de la manière d’appréhender son univers, évoquent aussi leurs familles et leurs amis, le tout entrecoupé d’extraits musicaux (répétitions, concerts). Dans un petit film de 6’, les deux acolytes parlent de leurs guitares : Busato 1939 et Maurice Dupont pour Romane, Léo Eimers et Selmer 504 (Django a eu la 503 !) pour Stochelo, une guitare qu’il refusa de vendre à Eric Clapton qui lui en proposait pourtant une petite fortune. Enfin, 30’ captées lors de ce concert montpelliérain nous les montrent en action : six titres dont quatre ne doublonnent pas avec le CD, comme ce magnifique double jeu, qui figurait sur le disque du même nom.

"Gypsy guitar masters" ; le titre n’est pas usurpé car ces deux musiciens d’exception que sont Romane et Stochelo s’élèvent ici à des sommets esthétiques rarement atteints. Pourtant ce duo pouvait sembler a priori improbable tant on a affaire à deux styles et deux personnalités complètement différents. Stochelo, c’est l’école hollandaise de guitare qui conjugue virtuosité et élégance, transcendée par ce vibrato immédiatement reconnaissable ; Romane développe des chorus très pensés avec un parfum parisien venu de la chope des puces où il fit son apprentissage. Si cette rencontre fonctionne à merveille, c’est tout d’abord parce que tous deux ont beaucoup de respect pour la musique et font preuve d’une grande ouverture d’esprit ; c’est ensuite parce que leur amitié est réelle (leurs regards complices en disent longs sur leur bonheur de jouer ensemble); Ayant évacué tout esprit de compétition guitaristique, incroyables d’aisance et de décontraction, prenant le temps de s’écouter, ils donnent le meilleur d’eux-mêmes au contact l’un de l’autre.

Le fidèle Marc-Michel Le Bévillon, souvent mis en valeur (Rythm futur, Anouman, Blues for Barney...) assure un tempo métronomique tout en souplesse et en lignes subtiles, et déroule le tapis à nos virtuoses qui rivalisent de rigueur, de lyrisme et d’invention, sur des standards rebattus (All of me, After you’ve gone, Nuages, Manoir de mes rêves...) qu’ils arrivent encore à renouveler, chacun ricochant sur une idée, une amorce mélodique ou un accent rythmique. Des compositions originales de grande valeur (Pour parler ou For Wes de Romane par exemple ou last minute swing, Blues for Barney ou Double jeu de Stochelo), leur permettent aussi d’exister personnellement.

Dans le documentaire, Romane déclare à un moment donné : « On cherche à s’amuser avec ce que l’on sait faire; il y a toujours des surprises, c’est comme un jeu ». Qui pourrait en douter à l’écoute de cette captation ? Respect !
Francis Couvreux