Jazz Culture : Paul Robeson, “Un homme du Tout-monde”

L’exposition “Paul Robeson, un homme du Tout-monde”, se tient du 26 juin au 14 octobre 2018 au musée Quai Branly - Jacques Chirac à Paris.

Jazz Culture : Paul Robeson, “Un homme du Tout-monde”
Paul Robeson, © X/DR

Cette exposition dresse le portrait de Paul Robeson, première "star" noire de l’époque des industries culturelles, qui tenta tout au long de sa vie de lier pratique artistique et engagement politique. Elle s’intéresse aux multiples facettes de Paul Robeson, personnalité africaine-américaine, célèbre à la fois pour sa carrière internationale de chanteur baryton, d’acteur de théâtre et de cinéma, pour ses liens avec les avant-gardes, et pour ses engagements politiques.

« L’artiste doit choisir de se battre pour la liberté ou l’esclavage. J’ai fait mon choix. Je n’avais pas d’alternative ». Paul Robeson. Londres, le 24 juin 1937.

L’installation du musée du quai Branly-Jacques Chirac dresse le portrait de cette personnalité peu connue en France, qui a marqué l’histoire politique et artistique du monde anglo-saxon et de l’Europe de l’Est des années 1930 aux années 1960. Elle présente les multiples facettes d’un homme au carrefour des mondes, qui s’inscrit dans l’histoire propre au XXe siècle, celle des artistes et intellectuels engagés. Ce portrait est également l’occasion d’aborder l’histoire du panafricanisme, et d’évoquer des thématiques et des sujets peu connus du grand public, notamment les liens entre les Africains-Américains, les Africains et l’URSS, et avec les avant-gardes anglaises. 

Paul Robeson a marqué l’histoire politique et artistique du monde anglo-saxon et de l’Europe de l’Est des années 1930 aux années 1960. Dénonciation de la ségrégation raciale, de la colonisation et du fascisme, soutien aux mouvements ouvriers : son combat politique a été total, sans dissociation entre lutte sociale, anti-fasciste et anti-colonialiste. Il revendiqua donc une identité multiple et cosmopolite, en perpétuelle interaction avec le monde et anticipa en cela le « Tout-monde » d’Édouard Glissant.

Aux côtés d’une génération d’artistes et d’intellectuels africains-américains qui, dans les années 1920, se rassemble autour d’un mouvement bouillonnant, la « Harlem Renaissance », Paul Robeson lutte pour s’approprier l’héritage africain, dénoncer la condition des Noirs et revendiquer son identité américaine. Au cinéma, en prêtant sa voix à des documentaristes militants, comme sur scène, Robeson oppose à l’avalanche de caricatures de l’homme noir, paré d’un masque comique et uniquement dépeint au travers de l’imagerie de la plantation, une autre représentation lui rendant sa dignité et son humanité. Face à la tentation de repli qui guette l’Amérique et les relations internationales, Robeson préfère la rencontre des cultures. Vivant entre New York et Londres, il prend part aux mouvements sociaux et culturels de son époque et illustre ses engagements aux Etats Unis, comme dans les pays d’Europe de l’Est et de l’Union Soviétique. A l’image de Ballad for Americans, cantate célébrant l’identité multi-ethnique et multi-raciale de l’Amérique qu’il interprète à la radio CBS en 1939, Paul Robeson revendique une identité multiple et cosmopolite, en perpétuel interaction avec le monde et anticipe en cela le « Tout-monde » d’Edouard Glissant. Tous ces engagements le mettent à l’épreuve. La répression dirigée contre lui par son propre pays aura raison de sa popularité : il devient une figure effacée de l’histoire contemporaine.

Affiche de l'exposition Paul Robeson au musée du Quai Branly
Affiche de l'exposition Paul Robeson au musée du Quai Branly, © Quai Branly - Jacques Chirac
  • Jeudi 28 juin à 18h30, le saxophoniste, compositeur et écrivain Raphaël Imbert donne une conférence “Jazz et spiritualité” au musée du quai Branly-Jacques Chirac, à l’occasion de l’exposition Paul Robeson et autour de son livre “Jazz Supreme” qui vient d’être réédité chez L’éclat poche.
Jazz Suprême de Raphaël Imbert
Jazz Suprême de Raphaël Imbert