Jazz Culture : My Heart Belongs to Oscar de Romain Villet

“My Heart Belongs to Oscar” est le deuxième livre de Romain Villet, qui paraît le 10 avril chez Le Dilettante, et c’est le pendant d’un spectacle qu’il porte à bout de doigts sur les planches.

Jazz Culture : My Heart Belongs to Oscar de Romain Villet
My Heart Belongs to Oscar, © Le Dilettante

L’admiration, c’est comme la boxe ! Un noble art qui réclame de savoir danser, mais danser sous l’insoutenable et soudaine emprise de l’enthousiasme, d’avoir le don de frapper juste et fort, avec des mots décochés droit à un plexus plus solaire que jamais, qui soulèvent le lecteur, enflent l’auditoire comme une bourrasque ! 

Et cet art d’adorer, d’aimer à ras bord, de se laisser saturer par la joie, le pianiste Romain Villet le possède, en vit, en soi et sur scène, plus qu’aucun autre. Celui qui le comble et l’électrise est cet Himalaya de tendresse harmonique, ce colossal bouddha joyeux, ce stellaire moissonneur de notes, cet Hercule aux mains de fée qui sue le swing et dissémine en riant de scintillantes gerbes de sons, l’homme nommé Oscar Peterson sous les doigts duquel les 88 notes du clavier tournent à la pépiante volière de paradis. 

Certes, il y a Erroll Garner, Thelonious Monk, Bud Powell ou Lennie Tristano, mais Oscar Peterson affiche un plain-pied serein, une grâce souriante et une évidente consanguinité avec l’enchantante puissance du verbe de “My Heart Belongs to Oscar”, qui paraît le 10 avril aux éditions Le Dilettante.

Un vertige que Romain Villet nous communique au fil de deux autres textes où s’épanouit sa foi dans le jazz, le dieu de l’instant, « arme de séduction lascive », son amour du trio, sainte trinité sonore, « mariage à trois du rythme, du spleen et de la révolte », un triptyque où se dit sa zigzaguante histoire d’amour avec cette musique dont « le swing fait battre la chamade au cœur de l’univers ».

Que faire de ses dix doigts ? Romain Villet n’a pas assez des siens pour compter les réponses qu’il pourrait apporter à cette question. Caresser, griffer, marquer le contretemps, claquer pour donner le tempo à ses musiciens, pianoter sur un Steinway de concert ou dans un bastringue de bistrot, tenir une canne blanche, lire en braille, taper sur un clavier d’ordinateur les mots qui lui en semblent dignes, porter une alliance, changer des couches, tripoter Le Penseur de Rodin ou toute autre beauté sculpturale, se gratter la tête quand on réfléchit fort, les croiser pour que la chance ne tourne pas, toucher à presque tout comme il est permis aux grands curieux qui ne voient presque rien.

Le spectacle se joue du 03 au 26 mai au Théâtre de l’Île Saint-Louis à Paris.

Romain Villet : Texte / Piano
Olivier Michel : Contrebasse