Jazz Culture : La mémoire de Lester Bowie, vingt ans après

Cela fait vingt ans aujourd’hui que le trompettiste et compositeur américain Lester Bowie nous a quittés.

Jazz Culture : La mémoire de Lester Bowie, vingt ans après
Lester Bowie, © Getty / Paul Charbit

Lester Bowie est décédé à New York le 8 novembre 1999. Il était né le 11 octobre 1941 à Frederick dans le Maryland. A cinq ans, il étudie la trompette avec son père, professionnel de l’instrument. Dès sa dixième année, il se produit dans les fêtes religieuses et scolaires. Il joue pour la première fois dans un orchestre en 1957. Durant son service militaire au Texas, il travaille avec divers groupes de blues. Il collabore ensuite avec James Clay, David Fathead Newman, Billy Harper, puis forme à Saint-Louis le New Jazz Quintet dont fait partie le batteur Philip Wilson qui le retrouvera au sein de l’AACM (Association for the Advancement of Creative Musicians).

En 1965, il devient le directeur musical de Fontella Bass et accompagne des vedettes du blues et du rythm and blues. En 1966, il s’installe à Chicago, fait du studio pour vivre, rencontre Muhal Richard Abrams et Roscoe Mitchell, devient membre de l’AACM, participe à la naissance de l’Art Ensemble of Chicago avec Mitchell, Joseph Jarman et Malachi Favors en 1968 (Don Moye les rejoindra en 1970). Il n’a jamais quitté le groupe, avec qui il a enregistré de fort nombreuses fois, séjourné en France (1968-1971), tourné en Europe, joué au Japon…

Parallèlement, il a collaboré à des disques de Sunny Murray, Jimmy Lyons, Archie Shepp (1969), Marcello Melis, Leo Smith (1978), et a été membre du quartet New Directions  de Jack DeJohnette (1978-1979), qui l’a par ailleurs convié à réaliser avec lui la bande originale du filme “Zebra”. 

En 1985 il crée le Lester Bowie's Brass Fantasy, un nonet exubérant et très ancré dans les musiques populaires. En 1991, il crée le Lester Bowie’s New York Organ Ensemble dont l’organiste est Amina Claudine Myers, et en 1992, il se retrouve aux côtés de son homonyme David Bowie, la pop star l’ayant invité à jouer sur plusieurs titre de son “Black Tie, White Noise”. Il participe également au sextet The Leaders et enregistre avec James Carter en 1996. Après sa disparition, l’Art Ensemble of Chicago lui rend hommage en 2001 par un “Tribute to Lester” (ECM).

Lester Bowie est, avant tout, un orfèvre du timbre, un coloriste bénéficiant d’une technique infaillible, d’un sens plastique aigu. On lui doit l’un des sons les plus caractérisés de la trompette jazz, tout de clarté et précision, mais qui souvent aime se fragiliser d'effets additifs : esquisses de chant ou marmonnements intriqués aux lignes instrumentales, growls, mélismes découlant de variations de pression des lèvres, trames de souffle etc. - tout un carrousel hétérogène que favorise son stupéfiant contrôle de l’embouchure. Son jeu procède par courtes séquences aux attaques fermes, articulées sur un remodelage constant, très virtuose, de la dynamique.

Musicien “sismique”, incisif, ennemi du bavardage, celui que Wynton Marsalis désigne comme “(son) trompettiste préféré, pour ses idées”, est à l’aise, Great Black Music oblige, tout autant dans la crudité du rythm and blues qu’à la célébration baroque de l’improvisation sans balise aucune.
(d’après Le Nouveau Dictionnaire du jazz - Christian Tarting)