Jazz Culture : Karel Appel, l'art est une fête !

Exposition Karel Appel au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris.

Jazz Culture : Karel Appel, l'art est une fête !
Karel Appel, © MAM

Jusqu'au 20 août 2017 a lieu au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris (75) l'exposition consacrée au peintre et sculpteur néerlandais Karel Appel.

À partir d’une donation exceptionnelle de vingt-et-une peintures et sculptures de la Karel Appel Foundation d’Amsterdam, le Musée d’Art moderne de la Ville de Paris présente une exposition retraçant l’ensemble de la carrière de l’artiste, des années CoBrA à sa mort en 2006.

Karel Appel, artiste néerlandais cosmopolite, est connu pour avoir été un des membres fondateurs du groupe CoBrA, créé à Paris en 1948 (et dissout en 1951). Ce groupe européen, composé d’artistes tels que Asger Jorn ou Pierre Alechinsky, se propose de dépasser les académismes de l’époque, comme l’art abstrait, considéré alors comme trop rigide et rationnel. Ces artistes prônent un art spontané et expérimental, incluant un ensemble de pratiques inspirées du primitivisme. Ils s’intéressent particulièrement aux dessins d’enfants et à l’art des fous avec une ambition internationale, fidèles aux principes des avant-gardes.

Contemporain de la Compagnie de l’art brut fondée par Jean Dubuffet au même moment, CoBrA s’inscrit dans ce courant de contre-culture. Il rejette les valeurs établies et propose un nouveau départ, libéré des conventions et revendiquant la spontanéité du naïf.

Artiste voyageur, Karel Appel a vécu dans plusieurs pays, notamment en France où il s’est installé en 1950. Son travail est alors activement soutenu par des critiques tels que Michel Ragon, ou Michel Tapié qui y voit l’équivalent européen de l’expressionnisme abstrait américain incarné notamment par Jackson Pollock.

Karel Appel développe une veine gestuelle dans toute son ampleur. Après une période de transition dans les années 1970 pendant laquelle il se rapproche de l’abstraction, l’artiste connaît un renouveau pictural dans les années 1980, période qui sera mise à l’honneur avec un ensemble de grands polyptyques. Le parcours sera ponctué de plusieurs sculptures, entre bricolages CoBrA et immenses installations baroques dont le caractère ludique fait écho à l’énergie vitaliste de son œuvre peint.

L’exposition présentera un important groupe d’œuvres-phares dont le Carnet d’art psychopathologique, ainsi que des œuvres des années 1950 (peintures et sculptures en céramique). Le parcours se poursuivra avec de grandes installations des années 1970 et 1990 et finira avec une peinture-testament méconnue, réalisée peu avant la mort de l’artiste en 2006.

En 1957, lors de son premier voyage à New York, Appel rencontre des peintres de l’expressionnisme abstrait, les musiciens de jazz Dizzy Gillespie, Miles Davis, Count Basie et Sarah Vaughan. Il réalise leurs portraits. Il partage désormais son temps entre l’Europe et les États-Unis.

En 1961, le cinéaste et journaliste Jan Vrijman propose à Karel Appel de le filmer pendant qu’il peint, ou plus exactement de réaliser une œuvre face à la caméra. Après quelques hésitations, l’artiste accepte de se livrer au jeu. La mise en scène est orchestrée au château Groeneveld aux Pays-Bas, qui fait office, pour la narration filmique, d’atelier parisien de l’artiste. Les murs sont recouverts de noir, isolant l’artiste et son processus créatif du reste du monde. On le voit réaliser la peinture Archaic Life (présentée dans la salle suivante). Sur fond de « musique barbare », composée par Karel Appel et le jazzman Dizzy Gillespie, l’artiste se jette sur la toile, dans un corps-à-corps qui souligne le caractère improvisé et la rapidité d’exécution, motifs récurrents dans l’expressionnisme abstrait et l’abstraction lyrique des années 1950, mettant en avant le caractère véhément d’une peinture née en opposition au caractère raisonné et construit de l’abstraction géométrique.