Jazz Culture : hommage à Jon Hendricks

Disparition du grand chanteur Jon Hendricks le 22 novembre 2017.

Jazz Culture : hommage à Jon Hendricks
Jon Hendricks à Coutances en 2013 pour Open Jazz d'Alex Dutilh, © Radio France / Emmanuelle Lacaze

Fils de pasteur, Jon Hendricks naît à Newark (New Jersey) le 16 septembre 1921 et grandit à Toledo, où il interprète des spirituals et des hymnes à l’église et chante dans les bars ou les restaurants en semaine. En 1932, il passe à la radio. Puis il travaille au Waiters and Bellman’s Club, sous les nom de “Little Johnny Hendricks - The Sepia Bobby Breen” (Bobby Breen était un “enfant prodige” blanc) accompagné au violon ou au piano par Art Tatum, ami de la famille. Il forme un quartette dont la musique est dominée par le gospel, part pour Detroit avec l’orchestre du trompettiste et violoniste Jessie Jones, qui a épousé l’une des ses soeurs et après l’armée (le 6 juin 1944 il débarque à Utah Beach), se lance dans l’étude du droit et la percussion : on le retrouve batteur dans un club de Rochester.

New York 1952 : il travaille dans des bureaux, mais aussi comme parolier ( de I Want You To Be My Baby, enregistré par Louis Jordan). En 1954, son association avec King Pleasure se matérialise par Don’t Get Scared, reprise vocale d’un enregistrement suédois de Stan getz où Hendricks “chante” la partie à l’origine interprétée par le sax baryton Lars Gullin. En 1957, il s’associe avec Dave Lambert pour une version vocale de Four Brothers : Lambert lui suggère d’écrire des paroles sur des thèmes de l’orchestre de Count Basie. Ils font appel aux 13 choristes du show télévisé de Perry Como où ils repèrent Annie Ross qui avait travaillé dans le même sens dix ans plus tôt pour son Twisted, d’après un solo de sax ténor de Wardell Gray. C’est ainsi que naquit le “Sing A Song Of Basie” de Hendricks, Lambert and Ross, en trio et re-recording, un triomphe… Annie Ross sera ensuite remplacée par Yolande Bavan.

Après avoir écrit et chanté avec les plus grands, en 1965, il entreprend une carrière de soliste. Après “Evolution Of The Blues”, oeuvre musico-théâtrale dont il est l’auteur, il s’installe à Londres (1967-73). Il tourne ensuite en Europe et en Afrique, travaille pour la télévision puis, aux Etats-Unis, enseigne, reprend sa carrière phonographique et monte une nouvelle fois “Evolution Of The Blues” à San Francisco puis Los Angeles. Il devient également critique de jazz au “San Francisco Chronicle”.

En 1980, il forme “Hendricks and Company” avec sa femme Judith et sa fille Michele, qui “invite” Bobby McFerrin, auquel s’ajoute Kevin Burke, Cyrus Chestnut, Clifford Barbaro et Marcus McLaurine. A partir de 2000, il enseigne à l’université de Toledo, travaille avec l’orchestre symphonique de la ville ‘“vocalisant” des oeuvres de Rimsky-Korsakov et Rachmaninoff), forme “Vocalstra” (15 chanteurs), tourne avec “Four Brothers” (Jon Hendricks, Kurt Elling, Mark Murphy, Kevin Mahogany-, chante et donne des conférences (notamment à la Sorbonne).

Hendricks domine ses talents multiples avec un humour constant, jouant sur et avec les mots, jonglant de manière désinvolte et improvisant même certaines paroles à la dernière minute - In Walked Bud avec Monk fut écrit quelques instants avant l’enregistrement. Sa voix prodigieusement souple, au timbre rauque et feutré, est associée à une diction claire jusque sur les tempos les plus rapides. Hendricks, enfin, possède une maîtrise admirable de la technique vocale, une parfaite mise en place et un sens de la “performance” reconnu et influent - Al Jarreau était un de ses admirateurs, Bobby McFerrin fut un de ses élèves et collaborateur.

[D’après "Le Nouveau Dictionnaire du Jazz” Pascale Barithel et Christian Gauffre]

Article du New York Times