Jazz Culture : hommage à Jacques Thollot

Disparition du batteur et compositeur Jacques Thollot.

Jazz Culture : hommage à Jacques Thollot
Jacques Thollot

La nouvelle est tombée ce matin, Jacques Thollot, musicien visionnaire et batteur hors normes est décédé hier le 1er octobre, au terme d'une carrière à éclipses mais aux planètes visibles lumineuses. Lui qui fut un enfant prodige et un compagnon de route de Jean-François Jenny-Clark, Bernard Vitet et Barney Wilen vient donc de les rejoindre pour une jam au long cours. Il était né le 9 octobre 1946 à Vaucresson.

Ses dernières traces enregistrées l'avaient été sur le label nato. Sur le site de son label, Jean Rochard propose une biographie juste et sensible :

"Jacques Thollot est un batteur unique, un musicien autre. A l’âge de dix ans, il joue de la batterie à l’enterrement de Sidney Bechet et très vite rejoint en club de nombreux musiciens qu’il accompagne : Bud Powell, Chet Baker, Art Farmer, René Thomas, Lee Konitz, Guy Lafitte, Donald Byrd.

Après avoir étudié quelques temps au conservatoire et pris des leçons auprès de Kenny Clarke, il travaille en autodidacte, enregistre avec Michel Roques ("Jazz on Bach" avec René Urtreger et Michel Gaudry) et René Thomas. 1960, les premiers courants d'une musique d'avant garde vont déterminer sa nouvelle orientation. Jef Gilson l'intègre dans son big band. Il apprend beaucoup au contact d’Eric Dolphy et de Don Cherry. La rencontre de ce dernier est une expérience exceptionnelle. Avec le New York Total Music Company, il se libère des influences passées imposant un style très personnel. Héros des tambours free, on le retrouve avec Barney Wilen (avec qui il part en tournée en Afrique), Sonny Sharrock, Joachim Kühn, Walt Dickerson, Alan Silva, Steve Lacy, Pharoah Sanders, Rolf Kühn, Barre Phillips où Michel Portal (il figure sur son premier disque Our meanings and our Feelings…

Avec Gato Barbieri, Don Cherry et Jean-François Jenny-Clark, il interprète la vive musique de Krystof Komeda pour le film de Jerzy Skolimowski "Le départ". On le retrouve également dans les longs métrages "Le viol" de Jacques Doniol Valcroze (avec Portal et Eddie Gaumont) ou "Si j'avais quatre dromadaires" de Chris Marker.

Participant à d’extravagantes expériences (duo avec Eddie Gaumont), il crée en 1970 une musique insolite dont il est le compositeur.
Après un disque solo (devenu « culte ») "Quand le son devient aigü, jeter la girafe à la mer" (Futura), il développe cette musique en groupe (avec Siegfried Kessler, François Jeanneau, Mino Cinélu, Beb Guérin) et révèle des jeunes musiciens qui compteront (François Couturier, Jean-Paul Céléa).

Dans la seconde moitié des années 80, ses apparitions sur la scène du jazz sont devenues de plus en plus rares. On le retrouve néanmoins en 1986 à Chantenay-Villedieu avec Jean-François Pauvros, Philippe Deschepper, Jean-Pierre Arnoux et Terry Day pour un concert éclair. Jac Berrocal fait appel à lui pour son disque "La nuit est au courant" (In situ) et son nouveau groupe.

L'enregistrement en 1992 de "A Winter's Tale" avec Jean-François Jenny-Clark et Tony Hymas puis en 1996 de "Tenga Niña", son cinquième album en leader (après 18 ans), marquèrent le retour de ce batteur mythique sur le devant de la scène. Avec Henry Lowther, Noël Akchoté, Tony Hymas, Claude Tchamitchian puis Dave Green, il tourne pendant un an (Radio France, La Villette, Uzeste, Nancy, Sons d'Hiver). Il joue avec Sam Rivers (Configuration) avec qui il tourne également en quartet et quintet.

En 2011, après une autre longue absence, il remonte un quartet avec Nathan Hanson, Tony Hymas et Claude Tchamitchian pour un nouvel enregistrement pour nato. Le réalisateur Stéphane Sinde lui consacre un film. Il enregistre avec Nathan Hanson et Tony Hymas un thème d'Astor Piazzola et joue à Rouen en mai 2014 avec François Jeanneau. Il s'éteint dans la nuit du 1 au 2 octobre 2014."

Le blog L'oreille absolue, lui avait également consacré un beau texte, sous la plume d'Aymeric Morillon.

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