Jazz Culture : exposition Victor Brauner

Le Musée d’Art Moderne de Paris ouvre une exposition consacrée à Victor Brauner (1903-1966), figure singulière du surréalisme, du 18 septembre 2020 au 10 janvier 2021. Steve Lacy avait utilisé deux de ses tableaux représentant Monk en couverture de ses albums solo "Only Monk" et “More Monk”.

Jazz Culture : exposition Victor Brauner
Victor Brauner, Cérémonie, mai 1947 Huile sur drap de coton rentoilé (190 x 238 cm) Fonds de dotation Jean-Jacques Lebel et Hopi Lebel , © Adagp, Paris 2020
"More Monk" de Steve Lacy
"More Monk" de Steve Lacy

L’exposition consacrée à Victor Brauner comprend une importante monographie regroupant plus d’une centaine d’œuvres, peintures et dessins, dont certaines montrées en France pour la première fois depuis la dernière rétrospective à Paris au musée national d’art moderne en 1972.

Le parcours chronologique de l’exposition permet de redécouvrir l’univers braunerien, complexe de par la richesse de ses sources et de l’intrication constante de sa biographie avec ses œuvres. Il se décompose ainsi : une jeunesse roumaine (1920-1925) ; Paris, la rencontre avec l’univers surréaliste (1925-1932) ; L’aventure surréaliste (1933-1939) ; « Les frontières noires » de la guerre (1939-1945) ; Autour du Congloméros (1941-1945) ; Après la guerre (1946-1948) ; Au-delà du surréalisme (1949-1966).

Né en Roumanie, Victor Brauner participe à l’effervescence artistique de Bucarest dans les années 1920, avant d’intégrer le mouvement surréaliste à Paris en 1933 et jusqu’en 1948, date de son exclusion du groupe. Il est un familier des avant-gardes (expressionnisme, constructivisme et dada), dont la radicalité correspond à son caractère indépendant, jusqu’au glissement progressif vers une peinture surréaliste lors de ses séjours à Paris entre 1925 et 1938, date de son installation définitive. Dès son adhésion au surréalisme en 1933, il participe alors aux manifestations du groupe autour d’André Breton. 

La perte de son œil en 1938 fait de son Autoportrait, peint sept ans auparavant, une œuvre prémonitoire : illustration des théories surréalistes, sa peinture revêt alors un caractère magique. La guerre va le contraindre, de par son statut de juif, sa situation irrégulière et son opposition à toute forme d’oppression fascistes et totalitaires, à entrer dans la clandestinité dans le sud de la France, ne pouvant émigrer aux États-Unis. Brauner invoque alors les doctrines les plus secrètes (tarot, alchimie, spiritisme, kabbale) pour se protéger de la France occupée en se réfugiant dans ce monde de rêve où la réalité n’a pas cours donnant à ses œuvres une dimension mystérieuse. Paradoxalement, cette période de frayeur et de dénuement matériel est d’une grande richesse d’invention techniques (l’usage de la cire et de matériaux de récupération) et de formes. 

L’après-guerre est marquée par une traversée de styles due à sa liberté recouvrée, sans atténuer les angoisses et les tourments des évènements qui l’entourent. D’autres influences se font sentir de la psychanalyse à la pensée sauvage à travers des cycles, comme les Victor de la série Onomatomanie, les Rétractés, puis Mythologies et Fêtes des mères. Il crée un langage nouveau pour donner à voir non pas le réel, mais les ressorts invisibles du monde.

Le catalogue présente de nouvelles analyses sur l’artiste avec des contributions d’écrivain et historiens d’art tels Georges Sebbag, Fabrice Flahutez, Radu Stern, Sophie Krebs, Camille Morando et Jeanne Brun. Conçue par le Musée d’Art moderne, cette exposition sera ensuite présentée à La Barnes Foundation à Philadelphie d’octobre 2020 à janvier 2021.
(extrait du communiqué de presse)

Commissaire : Sophie Krebs
Commissaires scientifiques : Jeanne Brun et Camille Morando