Jazz Culture : Doisneau et la musique

Habillée d’une bande-son originale de Moriarty, l’exposition photo “Doisneau et la musique” au Musée de la Musique à Paris, propose une joyeuse balade à travers un demi-siècle de musique dans Paris et ses banlieues, sous le regard humaniste du photographe. Le jazz y a sa part.

Jazz Culture : Doisneau et la musique
Doisneau et la musique

« Dans mon école idéale de photographie », disait Robert Doisneau, « il y aurait un professeur de bouquet et un professeur de musique. On ne formerait pas des virtuoses du violon, mais on expliquerait le rôle de la musique qui donne une lumière sur les civilisations passées, formation complémentaire très nécessaire ». Dévoiler le sens musical de l’imaginaire et de l’œuvre du photographe : voici l’ambition de ce parcours original, qui rassemble plus de deux cents photographies au Musée de la Musique - Cité de la Musique à Paris, jusqu’au 28 avril 2019.

Rolleiflex en bandoulière, Robert Doisneau a arpenté des années durant les banlieues de Paris. Dans ces clichés, la musique est partout présente et participe surtout du regard humaniste du photographe. Car l’amour pour la musique naît souvent chez Doisneau d’un amour pour les gens : en témoigne la série réalisée avec Jacques Prévert, ou encore l’immense galerie de portraits, poétiques et amusés, magnifiant son ami violoncelliste Maurice Baquet, son « professeur de bonheur » et compagnon pendant plus de cinquante ans.

Toujours inattendue, l’inspiration de Doisneau dépasse largement le cadre des musiques de rue ou le cercle électif de ses amitiés. Dès les années 1950, il captait la mélancolie d’un Pierre Schaeer ou le sourire d’un Pierre Boulez. Dans les années 1980 et 1990, il croisait le chemin de plusieurs chanteurs, et en particulier Jacques Higelin (photographié en 1991 au parc de la Villette, dans le décor en construction de la Cité de la musique), Renaud ou encore les Rita Mitsouko, saisis dans la beauté de leur jeunesse et dont l’exposition dévoile des clichés totalement inédits.

Pour la partie jazz, on trouve là notamment une photo sublime de Django Reinhardt marchant à grand pas. Et comme Robert Doisneau se balade souvent à Saint-Germain-des-Prés : « Les caves, la faune, les artistes, enfin tout ce qui constitue l’extrême pointe de la civilisation occidentale. C’est très important ce nouveau Montparnasse pour moi qui crois au vieillissement favorable des archives – mais cela me prend beaucoup de temps », avoue-t-il à un de ses commanditaires. Il passe des nuits à y photographier les jazzmen qui viennent jouer dans les caves de ce quartier : Big Bill Bronzy, Mezz Mezzrow, Bill Coleman, Claude Luter...

Conçue par Clémentine Deroudille, commissaire des expositions Brassens et Barbara, et petite-fille du photographe, cette joyeuse ballade est mise en musique par Moriarty et scénographiée par Stephan Zimmerli, musicien et graphiste du groupe. Un prolongement de l’exposition est à découvrir au sein de la collection permanente du Musée de la musique, sous la forme d’un accrochage original disséminé dans le parcours.

ROBERT DOISNEAU (1912-1994)

Robert Doisneau est né en 1912 à Gentilly, en banlieue parisienne.

Jeunesse grise derrière les rideaux de macramé d’une famille petite-bourgeoise, il apprend à 15 ans le métier de graveur lithographe à l’école Estienne et entre dans la vie active en dessinant des étiquettes pharmaceutiques.

C’est chez André Vigneau, dont il devient le jeune opérateur en 1931, qu’il découvre le monde de la création artistique qui l’animera désormais. Quatre années au service publicité des usines Renault, soldées par un licenciement pour retards répétés, lui permettent d’accéder au statut convoité de photographe indépendant.

«Toute ma vie je me suis amusé,je me suis fabriqué mon petit théâtre. » Robert Doisneau.

La guerre éclate alors, mettant un frein brutal à ses projets. Dans l’euphorie des années d’après-guerre, bien qu’il soit quotidiennement soumis à la commande pour des raisons matérielles, il accumule les images qui feront son succès, circulant obstinément « là où il n’y a rien à voir », privilégiant les moments furtifs, les bonheurs minuscules éclairés par les rayons du soleil sur le bitume des villes.

Quand il meurt en avril 1994, il laisse derrière lui quelque 450 000 négatifs qui racontent son époque avec un amusement tendre et bienveillant qui ne doit toutefois pas masquer la profondeur de la réflexion, la réelle insolence face au pouvoir et à l’autorité, et l’irréductible esprit d’indépendance.

CLÉMENTINE DEROUDILLE, COMMISSAIRE

Clémentine Deroudille a précédemment assuré le commissariat de l’exposition Brassens ou la liberté à la Cité de la musique, fruit d’un travail à quatre mains avec Joann Sfar.

Elle a également conçu l’exposition Barbara présentée à la Philharmonie de Paris, d’octobre 2017 à janvier 2018.

Passionnée d’archives sonores, sa production récente comporte notamment, la réalisation d’un film documentaire sur son grand-père, Robert Doisneau, le révolté du merveilleux, diffusé sur Arte en 2016.

MORIARTY, LA BANDE-SON DE L’EXPOSITION

Moriarty est un groupe franco-américain fondé à Paris en 1995. Quintet de country, de blues et de rock, la formation portée par la voix de Rosemary Standley s’est fait connaître du grand public en 2007 avec la chanson Jimmy . Artistes pluridisciplinaires aux approches multiples, ils choisissent leur nom en hommage à Dean Moriarty, l’un des protagonistes du roman Sur la route de Jack Kerouac.

Pour partir à la rencontre de Robert Doisneau et de ses photographies de musiciens, Stephan, Rosemary, Charles, Arthur, Vincent et Éric des Moriarty ont plongé dans les collections du Musée de la musique : une grosse caisse à peau animale de 1950, un Cristal des frères Baschet, des guitares à pavillon jouées avec un archet de violon, une contrebasse, un harmonium indien et même un synthétiseur modulaire. Ils ont imaginé une bande-sonore-bestiaire instrumentale et en chansons, qui vient entrer en résonance avec les protagonistes des images : depuis les clubs de jazz de Saint-Germain-des-Prés (Eartha Kitt, Big Bill Broonzy) jusqu’aux grands noms de la chanson (Barbara, Fréhel, Boris Vian, Germaine Monteiro, etc.), en passant par les anonymes des rues de Paris ; depuis les années 1950 jusque dans les années 1980. Ils ont aussi mis sur pied une radio Doisneau avec des bouts de mélodies des artistes photographiés par Doisneau, chantées ou dites par Daniel Pennac, Mathieu Amalric, Anne Gouverneur, Maëva Le Berre, Babx, Albin de la Simone, Barbara Carlotti, Florent Marchet, François Morel, Maissiat, Vincent Dedienne, Léopoldine Hummel..

PARCOURS DE L’EXPOSITION

  1. LA RUE
  2. LA CHANSON
  3. STUDIOS
  4. MAURICE BAQUET
  5. JAZZ
  6. LES ANNÉES 80-90
  7. PROLONGEMENT DE L’EXPOSITION DANS LA COLLECTION PERMANENTE
Eartha Kitt, Paris 1950
Eartha Kitt, Paris 1950, © Robert Doisneau-Gamma Rapho