Jazz Bonus : Thabang Tabane - Matjale

« Matjale » qui paraît chez Mushroom Half Hour le premier album du percussionniste Thabang Tabane qui apporte sa sensibilité et son groove au Malombo, genre que son père, le regretté Philip Tabane, a créé.

Jazz Bonus : Thabang Tabane - Matjale
Thabang Tabane, © Lidudumalingani Mqomboth

Dans la foulée de la découverte du guitariste et chanteur Sibusile Xaba, le label sud-africain Mushroom Hour Half Hour publie aujourd’hui «Matjale», premier album de Thabang Tabane. Le percussionniste y montre l’influence indélébile de la musique de son père – le guitariste Philip Tabane qui vient de disparaître et qui fut à l’origine du style Malombo – tout en imprimant sa marque.

Guidé par une philosophie farouchement indépendante et nourri par la spiritualité africaine à la base de cette musique, il reprend ce glorieux héritage à son compte, aux côtés du guitariste Sibusile Xaba qui avait sorti le très remarqué « Unlearning/Open Letter to Adoniah » l’an passé. Les deux musiciens définissent ainsi de nouvelles et passionnantes directions pour la musique sud-africaine. L’album dans son ensemble est porté par un sens inné du groove. 

Tout a commencé avec Philip Tabane et son groupe, The Malombo Jazzmen. Dans le township de Mamelodi, aux abords de Pretoria, au début des années 60, ils ont affiné leur approche et défini leur son pendant quelques années. Résolument indépendante, leur démarche était une riposte implicite aux styles de jazz euro-centrés alors populaires dans l’Afrique du Sud de l’apartheid. Le nom fait référence aux percussions Malombo qui, contrairement aux batteries de la musique occidentale moderne, sont le socle de chaque composition.

Même si elle a longtemps été sous le radar, c’est une tradition qui a eu plusieurs vagues d’influence sur la musique mondiale. Pendant les quelques années que Philip Tabane a passé aux Etats-Unis, Miles Davis fera partie des nombreux musiciens à vouloir jouer avec lui – une offre que Tabane, comme beaucoup de fans sud-africains de Malombo le savent, a refusé.

Jusqu’à la mort de son père à l’âge de 84 ans le 18 mai dernier, Thabang a partagé une maison avec lui dans le township de Mamelodi, qui est devenue de facto le temple du Malombo. Interrogé sur les relations qu’il entretient avec ses aînés, Thabang parle d’une entente créative qui se passe de mots. “Nous ne nous sommes jamais assis pour parler de musique”, dit-il. “Nous nous connections spirituellement. Pour moi, ça a toujours été ainsi. Avec mon père, ma mère, ma grand-mère – qui était guérisseuse – nous avons toujours eu une connection à un niveau spirituel”.

Alors que Thabang joue de la musique professionnellement depuis l’âge de huit ans, il lui aura fallu plusieurs années pour trouver un vecteur – le label Mushroom Hour Half Hour – pour diffuser sa musique. Se remémorant ses précédentes expériences dans l’industrie musicale, il se souvient que son état d’esprit désintéressé lui a valu des rencontres violentes. “Tu rentres dans un studio avec quelqu’un qui ne connaît rien de ta musique, qui ne sait pas ce que tu ressens à propos de ta musique, qui n’est pas connecté avec toi” raconte-t-il. “Et puis cette personne veut que tu commences à jouer et te donne des directives arbitraires”.

Il explique comment sa grand-mère, Matjale (qui prête son nom à cet album), lui a inculqué une sensibilité plus large et plus centrée sur le partage : “Pour moi, la musique n’a rien à voir avec ce que tu joues. Ma grand-mère était musicienne mais ne jouait aucun instrument. On pouvait entendre de la musique dans la façon dont elle nous disait des choses. Si on avait l’oreille musicale, on pouvait retranscrire ses histoires en musique”. Des chansons telles que la ballade Ke Mmone  (dont les paroles sont empruntées à une chanson de Philip Tabane) ou la plus rythmique Thuli (Mama) (que Thabang a écrit pour sa mère), portent en elles l’écho de plusieurs générations. Thabang Tabane brasse les différents courants créatifs qui ont parcouru Mamelodi, l’endroit où il a vécu toute sa vie. Résumant la philosophie qui sous-tend toute sa musique, il estime que “pour nous connecter avec le monde, nous devons apporter ce que nous connaissons”.