Jazz Bonus : OJKOS - Alea lacta est

Créé au printemps 2018, Ojkos - "Orchestra of Jazz Composers in Oslo" - est un projet qui rassemble 16 musiciens-compositeurs de la capitale norvégienne dans le but de présenter de nouvelles méthodes d'interaction, et de jouer les compositions de chacun des membres de l’orchestre.

Jazz Bonus : OJKOS  - Alea lacta est
OJKOS, © Odin

Après leur premier concert à la Victoria Nasjonal Jazzscene en octobre 2018, le tromboniste Andreas Rotevatn est désigné pour composer le programme d'un concert complet en mars 2019. Inspiré par Igor Stravinsky, Gustave Holst, Miles Davis & Gil Evans, Steve Reich, Camel, Rod Temperton, Quincy Jones et par la musique électronique de Daft Punk et Avicii, Andreas Rotevatn souhaite proposer une musique sophistiquée mais accessible à tous. 

Dans « Alea Iacta Est » qui paraît chez Odin (distribution Outhere), il nous emmène dans un voyage musical à travers différents genres et ambiances. Un véritable laboratoire ! En plus de l'explication prosaïque du nom du groupe, Ojkos (ou οἶκος) signifie également famille ou foyer en grec ancien. En fait, être une sorte de famille musicale pour les musiciens indépendants faisait partie de l’idée de l’orchestre. Ojkos doit être un havre de sécurité, un terrain fertile pour la création d’une musique nouvelle et moderne. 

Une chose était de créer Ojkos, mais Andreas Rotevatn a eu le sentiment d'atteindre un nouveau tournant lorsque son tour est venu de composer un concert complet. Il a dû faire des choix artistiques et suivre son instinct musical. Et lorsque la date du concert a été fixée, la musique prête, il n'y avait plus aucun échappatoire ; les dés étaient de nouveau jetés (Alea Iacta Est). Andreas Rotevatn se souvient du jour de la première : "J'avais l'impression d'être au milieu d'un lancer de dés quand j’étais devant le public à Victoria, prêt à présenter ma musique. Un processus avait commencé et on ne pouvait plus l’arrêter. Et même si je me demandais ce que le public allait penser, c'était quand même un sentiment fantastique de se tenir là avec une solide famille de musiciens derrière moi”. 

Les trois premiers morceaux, Innsegling (Sailing In) et Breidablik 1 & 2, sont basés sur un voicing qui était auparavant le préféré de Andreas Rotevatn. Comme il considérait que c'était la plus beau de tous les voicings, les morceaux ont été nommés d'après la maison du plus beau de tous les dieux nordiques : Balder. Avec Elegi Karmosin, les instructions données aux trompettistes d’Ojkos étaient de jouer ”comme si vous étiez de vieilles femmes russes dans la toundra glacée”. Mais ce morceau est principalement inspiré de la musique africaine ! On y retrouve l’obscurité de la pop sud-africaine. Les accords diatoniques des cuivres dans une tonalité majeure et le langage pentatonique sont inspirés de la musique d’Afrique de l’Ouest. On voyage à travers un paysage minimaliste influencé par Steve Reich. Les titres It's South African Time et It's West African Time font tout simplement référence au proverbe africain : ”Vous avez la montre. Nous, nous avons le temps”. 

Andreas Rotevatn : ”Dans la première pièce, je voulais montrer combien les dissonances peuvent être belles. La pièce est basée sur un accord diatonique, et sert de cadre pour un poème d'amour. La deuxième pièce a été inspirée à la fois par le Sacre du Printemps et par l'air The Prayer de Miles Davis sur l'album“Porgy & Bess”. Je sens qu'il y a une similitude entre les deux. Je soupçonne que Miles ait été influencé par cette oeuvre. En tout cas, je sais qu'il était fan de Stravinsky”. 

L'avant-dernière composition de l'album tire son nom du titre Helter Skelter sur “The White Album” des Beatles. Selon les historiens de l'époque hippie, c'est l'une des chansons qui a convaincu le meurtrier Charles Manson qu'une guerre raciale se préparait aux États-Unis. Après cette révélation, il a envoyé plusieurs de ses disciples sous LSD commettre des meurtres. La mélodie d'ouverture du morceau est un enregistrement du chant de Charles Manson, qui a ensuite été modifié en studio au moyen de l'auto-tune, et le clip sonore à la moitié du morceau provient d'un reportage sur lui. Après ce "bad trip”, l'album se termine paisiblement avec Snow in Treschow, inspiré de la musique gospel. Une grande partie de la composition de Andreas Rotevatn a eu lieu en studio après l'enregistrement. Comme il produit et mixe sa propre musique, il peut prévoir des éléments musicaux qui ne peuvent être achevés qu'en studio. 

Andreas Rotevatn : ”Jouer avec la sensation panoramique, les effets, le volume, inverser les sons, ajouter des éléments électroniques et modifier la hauteur - tout cela fait partie de la composition, et ce n'est que lorsque ce travail est terminé que la musique peut être dite complète. Je pense qu'il est tout à fait possible de comparer un chef d'orchestre à un producteur en studio : tous deux ont besoin d'avoir une vue d’ensemble. Ils passent leur temps à trouver l’équilibre entre tous les éléments d’une composition. C'est peut-être la raison pour laquelle je ne trouve pas scandaleux de voir un DJ comme Avicii sur scène. Pour moi, il est une sorte de chef d'orchestre numérique, qui a pour orchestre un studio - il est l’artiste moderne.” Avoir accès à un orchestre que je connais bien signifie que je peux écrire des parties qui conviennent à chaque musicien. Au cours de près d'un an et demi de concerts mensuels, la bande d'Ojkos a appris à très bien se connaître musicalement. 

Andreas Rotevatn : ”Lorsque nous écrivons de la musique pour Ojkos, les voix deviennent extrêmement personnelles. On peut utiliser le meilleur côté de chaque musicien. C'est quelque chose que plusieurs compositeurs de jazz ont déjà fait, notamment Duke Ellington (…) Ainsi, lorsque j'ai écrit la musique pour “Alea lacta est”, toutes les parties étaient destinées à mettre en valeur les différentes personnalités musicales de l’orchestre”. Que se passe-t-il lorsque les 16 membres d'un orchestre ont l'expérience de penser comme un compositeur ? Lorsque tant de musiciens jouent et improvisent ensemble, la structure peut facilement devenir chaotique, mais puisque les musiciens d'Ojkos ont tous l'expérience de la pensée en grand format, ils sont capables de fournir de l'espace quand c’est nécessaire et d'utiliser l'espace quand la musique l’exige. Grâce à cela, la musique d'Ojkos est organique et vitale !
(extrait du communiqué de presse)