Jazz Bonus : Nicole Michell - Maroon Cloud

“Maroon Cloud”, une suite en huit parties de la flûtiste et compositrice de Chicago Nicole Mitchell, est une ode à l'imagination et à la capacité de résistance nécessaires à la survie dans la période troublée que l’on traverse sur tous les continents…

Jazz Bonus : Nicole Michell - Maroon Cloud
Nicole Mitchell quartet, © FPE

Maroon Cloud” qui paraît chez FPE, met en vedette un quartet sans batterie avec Nicole Mitchell, la violoncelliste Tomeka Reid, le pianiste Aruán Ortiz et la vocaliste Fay Victor. enregistré en public à la National Sawdust de Brooklyn dans le cadre de la série Stone Commissioning Series de John Zorn le 29 mars 2017.

“Maroon Cloud” fait référence à cette zone de créativité dans laquelle nous pouvons entrer en fermant simplement les yeux. Ça, personne ne peut nous l’enlever. "L'imagination, en particulier l'imagination noire, est une ressource vitale et sous-estimée", déclare la compositrice. “ Il est clair que nous ne pouvons pas continuer dans la même direction que celle que nous avons suivie jusqu’ici ;nous devons revenir aux sources de l'imagination et de la créativité, car si nous n'avons pas une autre vision, nous ne pouvons pas enclencher un avenir différent.Ce qui nous rend spéciaux en tant qu'êtres humains, c'est précisément cette capacité à imaginer des choses qui n'existent pas encore. "

Ces visions prospectives, pour le moment, existent dans ce que nous pourrions appeler le "nuage". "Maroon" a plusieurs significations : il s’inscrit en partie dans le thème de la résistance en faisant référence aux Marrons, ces esclaves africains qui ont fui l’esclavage dans les Caraïbes et se sont alliés aux peuples autochtones pour former leurs propres communautés dès le XVIe siècle. Nicole Mitchell cite également le sens alterné de « marooned » (isolement sans espoir de fuite), pour des personnes abandonnées à leur sort. Et puis il y a le marron, la riche couleur sombre que nous pourrions voir les yeux fermés, imaginant un nouvel élan social et politique.

L’absence de batterie sur “Maroon Cloud” ouvre la voie à “d’autres façons d’être ensemble” comme le dit Nicole Mitchell. La batterie peut apporter précision et consistance à un groupe musical, observe-t-elle, mais ce quartet manifeste naturellement beaucoup de rythme dans ses échanges. Pour Nicole Mitchell, ne pas avoir de batterie nécessite un « ajustement et une transformation », du fait qu'il faille « aller dans une nouvelle direction ».

Le rôle vocal de Fay Victor sur “Maroon Cloud” fait appel à une large palette, de mélodies abstraites et mystérieuses (écrites ou improvisées) à des passages saisissants en parlé-chanté ou des moments évoquant le cœur du blues et de la soul. Aruán Ortiz fait ressortir des harmonies intimes envoûtantes avec un toucher étincelants. Tomeka Reid articule les parties avec un legato large et riche et met à profit une technique hors des sentiers battus pour se lancer dans ses improvisations. Et Nicole Mitchell, tout comme Victor invoquant le souffle, centre la musique autour de sa flûte rayonnante, dans des contextes qui vont du solo au duo ou au quartet.

Nicole Mitchell, longtemps basée à Chicago, enseigne aujourd’hui à l’University of California-Irvine. Elle vient d’être lauréate du New Music Award décerné par l’American Composers Forum. On a qualifié sa démarche de “vision afro-futuriste” et le New York Times la considère comme “probablement le flûtiste de jazz la plus inventive de ces 30 dernières années”. Celle qui fut la première femme présidente de l’AACM à Chicago multiplie aujourd’hui les projets différents. Elle sera à l’affiche du festival Sons d’Hiver, le 20 février, au Théâtre Paul Éluard de Choisy-le-Roi, avec son Black Earth Ensemble, pour Mandorla Awakening II, une version féminine, black et afro-futuriste de la Complainte du progrès.