Jazz Bonus : Mikael Máni – Bobby

Le trio Islandais de Mikael Máni sort chez Smekkleysa un album-concept, « Bobby », dédié à Bobby Fisher, légendaire joueur d’échecs.

Jazz Bonus : Mikael Máni – Bobby
Mikael Máni trio, © Spessi

Juillet 2019 marque la sortie de « Bobby » du Mikael Máni Trio. Basé à Reykjavik, Mikael Máni est un jeune guitariste de jazz qui a trouvé son inspiration pour ce nouvel album en lisant la biographie de Bobby Fischer(1943-2008), grand maître des échecs américain. Il a construit son album autour d’une interprétation fictionnelle de sa vie, centrée autour sa victoire au Championnat Mondial d'Échecs contre le Russe Boris Spassky en 1972.

Tenu en Islande, le match fut politiquement sensible. Il s’est déroulé dans le contexte de la guerre froide et a attiré l’attention du monde entier. La relation étroite qui s’est établie par la suite entre l’Islande et Fischer est moins bien connue, sa vie personnelle et politique étant devenue controversée, conduisant à un long séjour en Islande. Le travail de Mikael Máni ne se concentre pas directement sur le contexte politique de l’évènement, mais présente plutôt une méditation sur les thèmes évoqués par l’autobiographie de Fischer.

Il n’est pas nécessaire de connaître Bobby Fischer pour apprécier la dextérité et les compositions de Máni. Mikael l’explique : « Un après-midi d’octobre, alors que je jouais de la guitare, la mélodie du morceau principal de l’album m’est venu de manière presque définitive. A ce moment-là, je n’étais pas sûr de ce dont le morceau parlait, de la façon dont il était connecté à ma vie et ce qu’il faisait dans ma tête. C’est plus tard qu’il est devenu clair pour moi que ce morceau était inspiré par un homme en particulier qui me captivait depuis un bon moment. Tous les morceaux de cet album  sont influencés par la vie de Bobby Fischer ; la créativité, le mystère, l’insécurité, la méfiance envers les autres et les courtes périodes dans sa vie où tout semblait se passer correctement. Chaque composition a une histoire à raconter qui est suggérée dans les notes de pochette. De cette façon… Vous pouvez contrôler votre expérience de la musique et choisir si vous préférez l’écouter par vous-même ou laisser libre cours à votre imagination en gardant l’histoire en tête pendant que vous écoutez. »

Les trois musiciens sont islandais et chacun d’une génération différente. Skúli Sverisson joue de la basse et Magnús Trygvason Elíassen de la batterie et du vibraphone. Mikael est plein de respect et de louanges envers ses collaborateurs « Ils portent tous les deux l’étiquette d’improvisateurs, ce qui est bien » dit-il. « Mais leur attention aux détails et à l’arrangement était vraiment profond. Je n’ai jamais vécu ça avant. Quand je travaillais avec eux, j'avais l'impression que la composition sur le papier ne représentait que 40% de ce que le morceau finit par être. Les 60% restant proviennent de l'interaction avec les musiciens et des arrangements que nous avons trouvés ensemble. Les grooves du morceau n’étaient pas écrits – il fallait qu’on jamme sur de petites portions pendant une demi-heure pour obtenir la bonne atmosphère. »

« Bobby » établit une ambiance envoûtante au travers de ses dix pièces. Le style méticuleux de Máni est apparenté à celui de Jim Hall dans son ton et ses inflexions, tout en englobant l’école de progression rythmique de Django Reinhardt, ainsi que des traces de Lage Lund et d’autres contemporains qui ont choisi des approches plus spacieuses et minimaliste. Des influences de beaucoup d’autres genres peuvent s’entendre sur « Bobby », un peu comme si Bill Evans avait écouté écouté Sigur Rós. L'efficacité du groupe découle aussi en grande partie des basses atmosphériques de Sverrisson, ainsi que de la précision et de la discrétion des percussions et du pinceau d'Eliassen.

Bien que l’album soit principalement jazz, il a richesse atmosphérique et mélodique qui suggère qu’il pourrait aussi se retrouver sans problème dans les collections de disque des fans de Tortoise, Nick Drake ou Lambchop. Parfois, elle est vive, brillante et énergique ; d'autres fois, elle se faufile à l'improviste, entrecoupée de passages méditatifs et de gribouillis tendus de guitare de Mikael. « Bobby » sort chez Smekkkleysa (alias Bad Taste), l'un des labels les plus importants d'Islande, qui a été la rampe de lancement de The Sugarcubes, un groupe dirigé par Einar Örn et Björk, et qui a depuis sorti plusieurs des meilleurs artistes sur la scène musicale islandaise dont Sigur Rós.
(extrait du communiqué de presse en anglais - traduction L. Raineteau / A. Dutilh)

Mikael Máni Ásmundsson (guitare)
Skúli Sverrisson (basse)
Magnús Trygvason Elíassen (batterie)