Jazz Bonus : Michael Felberbaum - 3Elements

“3Elements”... 3 musiciens et 3 instruments pour ce sixième album du guitariste Michael Felberbaum, qui paraît chez Fresh Sound.

Jazz Bonus : Michael Felberbaum - 3Elements
3Elements : Frédéric Borey, Michael Felberbaum, Leonardo Montana, © Frédéric Albert

3Elements” s’ouvre sur le rythme à 3 temps d’une valse.  C’est aussi le nombre de pays définissant ce musicien, parisien d’adoption mais italo-américain par ses origines…  3 : un nombre singulier, sacré et symbolique aux significations multiples mais toujours associé à l’organisation de l’univers, au développement de l’humain et au tout : les 3 épreuves des contes de fées ; la naissance, la vie, la mort…  

“3Elements” est né d’ailleurs autant du rêve que de la réalité : Michael Felberbaum, qui s’était déjà frotté à un duo guitare-trombone, caressait le rêve d’un trio à l’instrumentation atypique sans basse ni batterie mais avec saxophone et piano. Il a osé l’aventure avec Frédéric Borey et Leonardo Montana, ses complices de longue date. La réalité, elle, aura été une proposition de concert qui exigeait uniquement trois musiciens. L’expérience ainsi tentée s’est révélée particulièrement concluante ; le groupe a été une évidence dès ce premier concert et a, depuis, multiplié les expériences scéniques : version acoustique, électronique, collaboration avec une vidéaste… et cet album, enfin, fait de compositions et d’arrangements personnels

Cette instrumentation particulière - guitare, piano, saxophone - est à la fois exigeante et gratifiante : si certains éléments ne sont pas présents, cette forme minimaliste requiert confiance, complicité et compréhension entre les musiciens. Et c’est sans doute cette aventure humaine qui fait la force du projet et qui rend cette expérience musicale accessible. L’élégance de la guitare de Michael Felberbaum s’allie parfaitement au jeu instinctif de Leonardo Montana et à la rondeur du saxophone de Frédéric Borey. Mais “3Elements” c’est aussi une inventivité décuplée par cette économie de moyens : les compositions de Michael jouent avec l’espace mais aussi avec le silence, cherchant une manière différente d’emplir cet espace, sans artifice ni profusion.  Avec cet album, Michael Felberbaum s’aventure aussi à la limite des genres : “3Elements” tend autant vers la musique classique ou baroque (Segui, Segui, Dolente Core du compositeur baroque napolitain Andrea Falconieri) que vers un blues revisité (Lazy Man Blues, 3Elements) ou un jazz post-bop (Gilmore dédié au saxophoniste John Gilmore et  Mobil anagramme de Limbo de Wayne Shorter)… Michael Felberbaum offre aussi quelques arrangements surprenants sur des chansons folk-rock et grunge, sublimant, au passage, le rugueux Mercedes Benz de Janis Joplin et Black Hole Sun de  Soundgarden…   

Et si par la finesse de son écriture, Michael Felberbaum a le talent d’un conteur maniant l’alchimie poétique des harmonies et des rythmes sans cesse renouvelés, il possède aussi celui, singulier, de savoir rendre la mélodie passionnément riche, l’intime étonnamment dynamique et l’intériorité profondément expressive.