Jazz Bonus : Marius Neset - A New Dawn

Le saxophoniste ténor norvégien Marius Neset ose un disque solo dans “A New Dawn” qui paraît chez ACT.

Jazz Bonus : Marius Neset - A New Dawn
Marius Neset, © Roar Vestad

"Ce que Neset fait au saxophone permet de faire entrer cet instrument dans une nouvelle dimension" (Süddeutsche Zeitung).

L'énergie et la virtuosité inégalée avec lesquelles Marius Neset a fait irruption sur la scène n'ont pas été oubliées. En 2004, alors qu'il était un étudiant de 19 ans récemment installé à Copenhague, il a remporté le prix du jeune talent au festival Nattjazz de Norvège. Il a ensuite fait une énorme impression en tant que membre des groupes dirigés par Django Bates en 2008-2010. John Fordham du Guardian a qualifié son premier album de compositions originales de 2011 de "sensationnel, indispensable". Il était le seul artiste d'Europe dans le reportage de Downbeat en 2016 "25 For The Future", dans lequel il était décrit comme "non seulement un technicien impressionnant mais aussi un formidable compositeur." 

L'art de Marius Neset a toujours comporté bien plus que la simple virtuosité : il a réussi plusieurs projets de composition avec des orchestres classiques et de jazz, notamment sur trois des six précédents albums qu'il a produits sur ACT depuis 2014, dont l'un, "Lion", lui a valu le très convoité Grammy norvégien, le Spellemannprisen.

Aujourd'hui de retour en Norvège, le "Wizard from Os" (Jazznyt) trouve de nouvelles façons de combiner l'envie de construire des structures compositionnelles et d'être libre dans l'instant. Parmi les grands moments de ce septième album chez ACT, "A New Dawn", Marius Neset dit que l'un de ses préférés est Morning Mist. Sa transformation de l'ouverture du premier concerto pour violoncelle de Lutoslawski en un dialogue vivant entre deux personnages très différents, une voix haute et une voix basse, ressemble en effet à un coup de génie. Et sa nouvelle version des gigues et boucles à la Brecker dans A Day in Sparrow's Life, écrit à l'origine pour un flûtiste, communique non seulement une inspiration derviche mais aussi une joie pure.

Marius Neset a écrit des notes de pochette expliquant les origines et le concept de cet album, qui se tourne vers des temps meilleurs : “ J'ai toujours rêvé de faire un album solo, un album où je suis complètement seul à jouer du saxophone ténor, sans overdubs ni effets, juste aussi pur et honnête que possible. C'est un défi incroyable - et aussi un peu effrayant : je ne peux pas m'appuyer sur une section rythmique ou un autre musicien, je suis seul et donc totalement responsable de chaque petit détail de la musique.

J'ai choisi une combinaison de pièces que j'ai composées au cours des dernières années. Certaines d'entre elles ont été écrites pour le saxophone solo, d'autres pour un petit groupe, d'autres encore pour un orchestre symphonique. Ce qu’elles ont en commun, c'est qu'elles ont toutes été composées à l'origine sur le saxophone ténor, seul. En d'autres termes, elles ont toutes commencé comme des morceaux de saxophone solo.

Lorsque la pandémie de Covid-19 nous a tous isolés, j'ai commencé à travailler de plus en plus sur ces chansons, et peu à peu l'idée de faire un disque s'est concrétisée. J'ai finalement décidé de les enregistrer dans une salle à l’acoustique magnifique, à quelques kilomètres de chez moi, à Oslo. Il y avait quelque chose de très spécial dans l'atmosphère le jour de l'enregistrement. C'était une belle journée d'hiver, ensoleillée et très froide, qui m'a rappelé toutes les choses positives que j'ai pu faire presque chaque jour au cours de l'année écoulée : être dehors dans la nature, marcher, courir, skier ou simplement être avec mon adorable famille. Je me suis senti inspiré, alors j'ai commencé à jouer et à enregistrer les compositions que j'avais le plus envie de jouer à ce moment-là. Et c'est plus ou moins ainsi que j'ai passé le reste de la journée d'enregistrement. Je laissais tourner la bande et jouais ce qui me semblait le plus naturel à ce moment-là. Jouer seul permet également de se concentrer davantage sur les petits détails. 

J'ai beaucoup joué avec différentes couleurs sonores, par exemple en utilisant des quarts de ton, ou en jouant une note très doucement avec une embouchure particulière pour produire un très joli petit son multiphonique qui aurait été à peine audible si je n'avais pas joué en solitaire. En jouant, j'ai également pensé aux histoires qui se cachent derrière nombre de ces chansons, ce qui a semblé les rendre plus pertinentes pour moi que jamais auparavant. Certains morceaux ne sont pas seulement directement inspirés par les nombreux défis auxquels le monde est confronté aujourd'hui, ils ont aussi une histoire à raconter sur l'espoir et les temps meilleurs à venir. J'ai hâte de recommencer à faire de la musique avec tous mes amis, mais en attendant, jouer seul chez moi me donne de l'énergie et de la positivité alors que nous attendons que la vie telle que nous la connaissons revienne peu à peu, comme une nouvelle aube. Marius Neset
(extrait du communiqué de presse en anglais - traduction E. Lacaze / A. Dutilh)