Jazz Bonus : Manuel Anoyvega - Cuba Cuba

Après avoir partagé pendant plus de 20 ans la scène parisienne avec des « grands noms » de la musique latine tels que Ernesto Tito Puentes ou Azuquita y su Melao, Manuel Anoyvega Mora nous offre son premier album en leader “Cuba Cuba” qui paraît chez Fo Feo Productions.

Jazz Bonus : Manuel Anoyvega - Cuba Cuba
Manuel Anoyvega, © Philip Ducap

Comme un collier tissé des perles que sont les forces qui l’animent et l’inspirent, cet album est le legs de son parcours professionnel débuté il y a plus de 40 ans dans son Cuba natal et au-delà de ça, de sa vie. L’amour et l’implication sont les premières de ses forces.

Amour tout d’abord pour ses origines, Cuba mais plus particulièrement Matanzas, sa ville de naissance d’où il puise son inspiration et à laquelle il voue une véritable admiration en faisant appel aux rythmes et harmonies locaux tels que le danzón et le guaguancó. Avant même les premières notes de Veneracion, le titre qui ouvre l’album, un contrepoint de percussions cubaines à la fois familier et totalement nouveau nous fait nous rendre compte qu’on ne sait plus sur quel pied danser.

Loin d’être perdus pour autant, on se laisse juste porter par cette musique tant elle semble évidente bien qu’inattendue, in-entendue même, jusqu’au premier riff fracassant de piano qui en quatre mesures finit de nous emmener ailleurs. Cet ailleurs c’est le thème soyeux chanté par le saxophone qui, au pas de la basse, tantôt souligne et tantôt se pose sur le piano.

Le piano de Manuel, c’est un pont qui nous emmène d’un monde à l’autre sans que l’on se rende compte de quand on a franchi une frontière et sans savoir si on l’a totalement franchie. L’on retrouve alors à la fois la musique cubaine endiablée d’un Chucho Valdés et le swing d’un Art Tatum, le groove d’un Herbie Hancock et la fantaisie d’un Claude Debussy.

A une maîtrise technique dont la réputation n’est plus à faire s’ajoutent un éclectisme rare et une sensibilité qui nous font penser que le mot “Perle” est insuffisant pour qualifier cet album. Manuel nous démontre que la salsa est une musique à réinventer sans cesse qui forte de son héritage est constamment tournée vers la découverte. Il le fait de main de maître en y insufflant la virtuosité et l’expressivité des lignes pianistiques d’un Chopin ou d’un Ravel qui, plus que des influences, font partie de l’ADN de ce Français d’adoption formé à la musique « classique » à l’Ecole Nationale des Arts de La Havane.

Pour son premier album sous son nom, Manuel a aussi mis en avant ceux qui lui sont précieux à savoir les amis, compatriotes et partenaires de scène de toujours que sont les Cubains Abraham Mansfarroll Rodriguez et Inor Sotolongo, respectivement à la batterie et aux percussions, mais aussi les Français Guillaume Naturel et Pierre Guillemant, au saxophone et à la basse. Là encore, Manuel est le pont qui traverse l’Atlantique et unit son Cuba natal à sa France d’adoption.

Manuel Anoyvega Mora (piano)
Guillaume Naturel (saxophone/flûte)
Pierre Guillemant (contrebasse)
Abraham Mansfarroll (batterie)
Inor Solotongo (percussions)