Jazz Bonus : Majid Bekkas - Magic Spirit Quartet

Avec “Magic Spirit Quartet” qui paraît chez ACT, Majid Bekkas opère un rapprochement passionnant des continents et des siècles.

Jazz Bonus : Majid Bekkas - Magic Spirit Quartet
Magic Spirit Quartet, © Michael Boe Laigaard

Trance, rituel, mysticisme, psychédélisme, magie... quelle que soit la façon dont on décrit la musique gnawa nord-africaine, on ne peut nier la fascination qu'elle exerce sur le monde entier. Le joueur de guembri et chanteur marocain Majid Bekkas est l'une de ses figures les plus marquantes, et aussi le musicien qui a fait interagir cette musique avec d'autres genres. Aujourd'hui, avec le Magic Spirit Quartet, il a jeté un pont entre l'Afrique du Nord et l'Europe du Nord, alignant l'ancestral sur l'ambient. Une démarche inspirée qui semble saisir l'esprit même du jazz du XXIe siècle.

Les origines du gnawa n'ont jamais été entièrement expliquées, et ce soupçon d'obscurité sur son passé lointain ajoute à sa mystique. L'ethnie gnawa a probablement fait l'objet d'un trafic d'esclaves du Mali, du Niger ou du Ghana vers l'ancien grand empire du Maroc, où ils ont pu préserver leur culture, pour conjurer les esprits dans des rituels nocturnes appelés lila, cérémonies au cours desquelles les maladies étaient guéries. Au cours des deux derniers siècles, cette musique, avec son chant puissant, le cliquetis des castagnettes géantes et le groove incontournable du luth basse, le guembri, est devenue indissociable de la culture marocaine. Un développement important au cours des dernières décennies a été la façon dont des musiciens de jazz tels que Randy Weston ou le maître du dub Bill Laswell ont découvert la puissance de la musique gnawa et l'ont fait connaître aux oreilles occidentales de manière nouvelle et intéressante.

Le Marocain Majid Bekkas se distingue comme l'un des plus passionnants ambassadeurs de la musique gnawa. Bien qu'il soit né et qu'il vive toujours à Salé, de l'autre côté du fleuve, en face de la capitale marocaine Rabat, ses origines sont plus au sud, à Zagora dans le Sahara marocain. Au milieu des années 1970, il a créé un groupe inspiré du groupe de rock pionnier marocain Nass El Ghiwane et a également repris le guembri. Depuis lors, il a surmonté toutes les barrières culturelles et a également eu un impact majeur tant avec le oud qu'avec sa voix charismatique. Des sorties d'albums comme "Out Of The Desert" avec Joachim Kühn, (sorti en 2009 chez ACT), ou des collaborations avec Archie Shepp, Pharoah Sanders et Klaus Doldinger ne sont que la partie visible de l'iceberg musical de Majid Bekkas : son activité s'étend de son Maroc natal au blues et aussi aux mondes sonores de la musique indienne.

Avec le Magic Spirit Quartet, Bekkas s'est associé à trois artistes aux racines nordiques dont les spectres sonores reflètent leur vision internationale : Le trompettiste Goran Kajfeš, né à Stockholm de parents croates, est aussi bien à l'aise dans le futurisme et le minimalisme du jazz qu'au Moyen-Orient et en Afrique. Il est le leader du Subtropic Arkestra, un rôle dans lequel il a déjà fait venir Majid Bekkas en tant qu'invité. Le clavier Jesper Nordenström fait également partie de ce groupe, qui a laissé sa marque dans presque toutes les facettes de la scène suédoise. L'ensemble est soutenu par le batteur danois Stefan Pasborg. Il travaille dans de nombreux contextes : avec f.ex. Ibrahim Electric, Carsten Dahl Trinity (album sur Act), et aussi en duo avec la virtuose gambienne de la kora Dawda Jobarteh, en plus de collaborations passées avec des musiciens comme Tomasz Stanko, John Tchicai ou Marc Ducret. La question est donc la suivante : à quoi ressemble la rencontre ou la collision de ces deux mondes, le Maghreb et l’Europe du Nord ?

Une improvisation glorieuse, des polyrythmies croustillantes, une collision naturelle entre l’électronique et la spiritualité - tout cela et bien plus encore se retrouve dans ce rapprochement passionnant des continents et des siècles.
(extrait du communiqué de presse en anglais - traduction E. Lacaze / A. Dutilh)