Jazz Bonus : L'Alba - A principiu

L’Alba se plaît à dire que la tradition musicale corse n’est pas figée, mais au contraire, en évolution, en mouvement. Dans son nouvel album “À Principiu” qui paraît chez Buda Musique, la musique de L’Alba, prend une orientation toujours plus méditerranéenne.

Jazz Bonus : L'Alba - A principiu
L'Alba, © Elise Pinelli

L’Alba donne à nouveau à son travail une place de choix dans le paysage musical corse ; tout en conservant l’héritage des voix polyphoniques, le groupe intègre désormais de nouvelles influences avec une palette de sonorités empruntées à des cultures de région du monde telles que l’Afrique du Nord, l’Italie, la Grèce, le Portugal…

La démarche de création de l’Alba est guidée par sa volonté d’accompagner ses chants d’arrangements originaux à consonances méditerranéennes, tout en restant fidèle à la tradition culturelle ancestrale. Cette envie de travailler dans ce sens est née du constat de la proximité des identités vocales des peuples du bassin méditerranéen, notamment en terme de mélismes et, plus largement, d’esthétique. Caractérisé par ses compositions insufflant une énergie résolument positive, “À Principiu” a l’ambition de visiter des époques et des territoires plus variés allant de l’aire nord-africaine jusqu’à la méditerranée orientale, empreints d’accents tour à tour traditionnels ou contemporains. C’est avec l’utilisation d’instruments tels que l’harmonium, la guitare acoustique ou électrique, le violon, les clarinettes, les flûtes, les mandolines, la basse, les percussions que les voix s’harmonisent, que les monodies et les polyphonies entonnent un dialogue musical inspiré de la circulation des peuples et de leurs échanges culturels. 

Depuis sa professionnalisation en 2005, “À Principiu” est le cinquième album du groupe auquel ont participé des invités de prestige (le batteur percussionniste sénégalo-marocain Mokthar Samba, le chanteur et guitariste zimbabwéen Louis Mhlanga, le guitariste corse Fanou Torracinta …) mais aussi de très talentueux instrumentistes et chanteurs de l'île qui ont rejoint le collectif pour l’occasion, certains d’entre-eux, séduits par la nouvelle démarche, étant devenus des membres à part entière. Ainsi “À Principiu” qui signifie « au début » en corse, mène le groupe au début d’une nouvelle aventure artistique et humaine…”

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Le respect des codes n'empêche pas de faire évoluer la matière. Les musiciens ont voulu prolonger ce qu'ils avaient déjà entrevu sur l'album précédent, “A Parulluccia” : l’accordéoniste Régis Gizavo « apportait ce qui manquait, un côté lumineux », explique Eric Ferrari, le bassiste. Tous deux s'étaient liés d'amitié lorsqu'ils jouaient ensemble par le passé.

La disparition tragique du virtuose malgache en 2017, sur son île d'adoption, a profondément affecté le collectif. Impossible, impensable de ne pas évoquer son souvenir sur ce nouveau disque. Alors ils ont convié sur Stranieru da l'internuétranger de l'intérieur », en français) le guitariste zimbabwéen Louis Mlhanga avec lequel le natif de Tulear avait beaucoup collaboré. Cette chanson est aussi celle qui a permis de trouver la combinaison idéale en termes de mixage. Après plusieurs propositions qui ne les satisfaisaient pas, les membres de L'Alba ont envoyé à l'ingé son la photo d'un guitariste autour d'un feu, entouré de quelques amis : voilà l'ambiance qu'ils recherchaient, celle qu'ils vivent et aiment partager. Pour que chacun se sente intégré à la chanson, sans même saisir le sens des paroles.

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Le message a été parfaitement compris, contribuant à la réussite de l'ensemble. Pour les restituer au mieux, au plus près, comme si vous étiez assis juste à côté, encore fallait-il savoir capturer ces instants si furtifs mais si essentiels, comme l'attaque des doigts de Mokhtar Samba, invité de luxe sur plusieurs titres, lorsqu'ils touchent les percussions. Faire ressentir le caractère sacré quasi mystique de Di punta à l'abbissu, enregistré dans l'église d'un village. S'imaginer au centre du cercle, entraîné par la rythmique d'U Tornaviaghju et ce son clair de mandoline, quelque part entre Naples et la Grèce, et pourtant si corse dans ce chant rappelant celui de Charles Rocchi. Tourner, encore, quand le jeu collectif des musiciens en osmose transporte sur les rives Sud de la Méditerranée, comme si les liens avec le chaabi étaient évidents – jusque dans leur dimension vocale ! Une bonne production libère les émotions autant qu'elle sculpte une esthétique, et les exemples ne manquent pas sur “À principiu”.

Tout ce pouvoir évocateur dont est gorgée chaque chanson passe aussi par la langue, les mots. Entre métaphores et allégories, l'écriture de L'Alba est « protéiforme » pour que chacun s'y retrouve. Elle joue la carte des nuances plutôt que des affirmations, propose plusieurs niveaux de lecture. « À principiu », que répètent tel un leitmotiv les chanteurs sur le dernier morceau de l'album et qui lui donne son titre, ne peut-il pas s'entendre comme « au départ » ou « en principe » ? Laisser une part de mystère au moment de prendre congé reflète, au fond, la philosophie de L'Alba, dont le regard se perd à l'horizon, libre.
(extrait du communiqué de presse)