Jazz Bonus : Kandace Springs - Indigo

Kandace Springs, celle que Prince avait repéré sur youtube, publie un deuxième album “Indigo”, chez Blue Note/Universal. Avec un invité surprise au détour d’une plage : Roy Hargrove.

Jazz Bonus : Kandace Springs - Indigo
Kandace Springs, © Jeff Forney

Si “Indigo, le nouvel album de Kandace Springsqui paraît chez Blue Note/Universal, donne une telle impression de nouveauté c’est tout simplement qu’il l’est : neuf !  A la fois simple et funky. Classique et contemporain. Direct dans sa façon de décomposer les idées complexes et les grands genres institués. Et au final, terriblement humain. Ceci étant, il n’y a là rien de véritablement surprenant pour cette artiste née à Nashville et qui, après avoir vécu à New York et Los Angeles, a décidé de venir se réinstaller dans cette grande “Cité de la Musique” — cet album n’est en rien une renaissance mais s’inscrit bel et bien dans une continuité. Kandace possède en effet depuis toujours cette voix souple et comme enfumée, ainsi que cette remarquable maîtrise expressive dans la façon de jouer du piano. Pour qui sait l’entendre, la musicienne dans ce deuxième album ne fait rien d’autre que concrétiser et développer avec encore plus de liberté et d’originalité ce qu’elle avait pour une grande part déjà posé spontanément dans son premier enregistrement.

Pour Kandace tout cela se résume à une question qui relie le passé au présent : “Que ferait Nina Simone si elle avait à sa disposition les potentialités techniques d’aujourd’hui ? Personne ne serait en mesure de lui dicter sa conduite et de l’enfermer dans un genre — elle ferait suivre un blues par une pièce de musique classique, pour s’engager ensuite dans un standard de jazz et finir sur une reprise des Beatles. Cet album s’est beaucoup inspiré de cette liberté — c’est un mélange de tout ce que je suis.” 

Et de fait “Indigo” offre une réponse particulièrement convaincante à cette question impossible en présentant des chansons qui chaque fois chahutent des formes de composition traditionnelles en leur faisant subir de subtils remous : le jazz se trouve déstabilisé par des grooves hip-hop ; des ambiances tropicales torrides débouchent sur la moiteur du Sud profond ; les pulsations les plus terriennes et enracinées se difractent en bulles psychédéliques aériennes. La plupart des morceaux (exceptées deux plages) ont été produits par le grand batteur et producteur Karriem Riggins —jetant des ponts entre Oscar Peterson et Diana Krall en passant par Erykah Badu et J Dilla et donnant à Indigo cette tonalité très particulière, à la fois familière et totalement inédite.