Jazz Bonus : Julien Daïan - single Trop c'est trop

Il faudra patienter jusqu’au 28 mai pour écouter l‘intégralité du troisième album de Julien Daïan, “Cut Up”, qui sortira chez France Paradox. Pour patienter, un single est dévoilé aujourd’hui, Trop c’est trop. Avec un étonnant susurrement de Gainsbourg.

Jazz Bonus : Julien Daïan - single Trop c'est trop
Julien Daïan, © Renaud Monfourny

Le troisième, ça a toujours été le plus difficile. Pour tout le monde. C’est le disque qui élève les bricolages en carrière mais dont l’absence transforme le génie en promesse non-tenue. “Cut Up” est le troisième album studio du Julien Daïan Quintet.

Le premier, à la fois précoce et longtemps retenu, Julien Daïan nous l’a vomi. Des amitiés à consumer, des influences à hurler, comme le font les jeunes du monde entier depuis que l’arrière des bus existe, trop d’expériences à partager pour éviter de les digérer. Le deuxième, c’était celui du cahier neuf, appliqué et labellisé chez Bonsaï music. Et puis sans prévenir, l’heure du suivant est arrivée.

De quoi nous est-il rempli ce petit troisième ? Il est plein de son auteur et de ses aspirations, un brassage d’influences et de styles, l’invocation des albums de jeunesse qui l’ont poussé à s’engager dans ses propres productions : Buckshot le Fonque, Julien Lourau... L’époque des projets libérés du style, des albums aux antipodes de “l’album concept”. Le temps où le jazz flirtait dur avec toutes les musiques qui lui traînaient autour, peu importe qui prenait le pas sur l’autre. Ni fusion, ni crossover, juste un truc ancré dans son époque, riche de toutes les musiques qui foisonnent et composent notre quotidien.

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La porosité des “styles”, Julien Daïan la prêche désormais, car il est cette somme. Il la prône en reggae, c’est l’ado qui achetait les 45 tours de Luciano et Mikey General chez Patate Records pour les retrouver 20 ans plus tard chanter sur son propre disque (Bring Some Love). Il la célèbre avec Gainsbourg, à contrepied, en composant sur une accapela reggae du grand Serge. Ecce homo et caetera (Gainsbourg in Dub) une version si gainsbarienne qu’on la penserait un originale d’aujourd’hui (Trop c’est trop). Il la rassemble, sur du hip-hop, façon Spike Lee aux accents new-yorkais lorsqu’il s’associe au rappeur de Caroline du Nord Biship Chasten.

Et puis il y a les “jazzs”. Le jazz des maîtres qu’il salue au passage  d’une joie avec September Nine, titre au thème ravageur qui nous rappelle une certaine effervescence new-yorkaise. Ou bien d’une peine, avec Sometimes At Night I Think Of You, titre dédié à son père disparu  où l’on peut entendre une fragilité shorterienne, enregistrée tard dans la nuit en une seule prise.

Puis il y a  la pop culture japonaise (Shinjuku Nemura Naï) inspirée d’une balade à Tokyo aux côtés de son ami photographe Kiyoshi Tsuzuki durant laquelle promesse fut prise d’écrire un morceau en souvenir du moment. Il y a la culture jazz pop tout court (End Working) et l’envie d’écrire la mélodie la plus simple et souriante possible.

Un “coucou” aux surréalistes (Storm At The Beat Hotel) inspiré de l’hôtel du 9 rue Git-le-coeur si cher à la beat generation où séjourneront Allen Ginsberg qui y écrira son plus fameux poème Kaddish ou encore William Burroughs qui y rencontrera son amant et “manager” Ian Sommerville avec qui il expérimente sa technique du Cut-up... Un clin d’oeil au trompettiste Roy Hargrove avec ce versus bugle (Alex Tassel) / trompette (Sylvain Gontard) sur June Dance introduit de “main de maître » par June et Antonin les enfants du truculent ingé son de l’album, Julien Birot. Enfin, une reprise nineties du cultissime Woman in Chains de Tear for fears où l’on retrouve un Guillaume Perret inspiré sur cette arrangement qui par moments nous rappelle Moondog.

On retrouve les fidèles Octave Ducasse (drum) et Tommaso Montagnani (Basse) membres emblématiques du quintet et on voit l’arrivée toute en fraicheur du pianiste Edouard Monnin, du flûtiste Cyril Benhamou et du bugliste Alex Tassel, le tout enregistré au studio Peninsula.

Et voilà, ce son, ce disque numéro 3, Julien Daïan nous le raconte comme il raconte la vie, comme il se raconte la musique : en une suite de récits mélodiques dont le style narratif n’appartient qu’à lui, visuel, itératif, référentiel et dont le verbe syncopé découpe puis assemble en un patchwork (un cut up?) unique les histoires qui lui tiennent à coeur, des histoires de coeur.
(extrait du communiqué de presse)