Jazz Bonus : Joce Mienniel - Babel

Le flûtiste Joce Mienniel part à la découverte du Moyen-Orient, de l’Inde et de la Méditerranée entourés de musiciens envoûtants dans “Babel” qui paraît chez Buda/Socadisc.

Jazz Bonus : Joce Mienniel - Babel
Joce Mienniel, © Masha Mosconi

« J’ai abordé la musique étant tout jeune par le jazz et que mon parcours de musicien depuis, est très lié à cette musique. Elle restera d’ailleurs pour toujours l’un des fondements essentiel de mon univers musical et de ma sensibilité d’artiste.

Néanmoins tout mon parcours est aussi très lié à mon instrument qui est la flûte et à l’importance de l’improvisation dans la musique d’une manière générale. Lorsque je suis rentré au Conservatoire Supérieur de Musique de Paris, c’était en jazz et musiques improvisées, et tout de suite j’ai dû choisir une option parallèlement à mon cursus. Mon choix s’est porté sur la musique indienne. J’ai étudié cette musique pendant deux ans parallèlement au reste et ce fut pour moi une véritable révélation. D’abord par rapport à l’usage nouveau que je pouvais avoir de la flûte, les sonorité « liquides » du bansouri indien que je découvrais, la pratique de la musique modale, mais surtout ça m’a permis de porter un regard nouveau sur les musiques traditionnelles. Je me suis aperçu au fil du temps que j’étais totalement passionné par l’ethnomusicologie. Cela fait près de vingt ans maintenant que j’écoute et que je travaille ce type de musique et ce type de sonorités, elles font désormais partie de moi. Elles sont en grande partie responsable de la personnalité et de la singularité de mon son de flûte. J’y trouve toute mon inspiration. Ce disque est donc le résultat d’une longue réflexion sur ce que je pouvais retranscrire intimement de mes années d’érudition dans ce domaine.

B A B E L ? 

Il y a autour du mythe babylonien une histoire qui concerne la langue parlée par tous. Au départ l’histoire raconte qu’ils partagent la même, puis Dieu décide de les disperser et de leur faire parler des langues différentes. Je me suis basé sur cette idée pour ce projet, en composant et en imaginant une musique universelle, qui puisse être parlée par n’importe quel musicien traditionnel. On dit souvent que les musiciens n’ont pas besoin de parler pour se comprendre et parlent la même langue. Mon but était de l’expérimenter en vrai, avec des cultures, des hommes, des instruments et des langages artistiques divers et variés chargés chacun à leur manière de l’histoire de leur pays.

Dès le début de mon travail de composition, je me suis mis dans la position d’un musicien de musique traditionnelle d’autant plus facilement que j’en ai, depuis toutes ces années, côtoyé quelques uns. L’évidence de la transmission par l’oralité m’est tout de suite venue. Voilà quelque chose que nous, musiciens occidentaux qui avons étudié dans des écoles de musique, des conservatoires ou même de manière autodidacte, nous maîtrisons assez peu c’est à dire, apprendre un programme entier par coeur de manière orale et surtout de pouvoir le transmettre.

Certains des musiciens présents dans cet album comme Antony Gatta, Stracho Temelkovski ou Joachim Florent sont des artistes avec qui je joue depuis des années et ils ont toujours été là dans les projets que j’ai menés ou avec lesquels j’ai collaboré. Je les admire beaucoup. Pour les autres ils m’ont été conseillés, je ne les connaissais pas à l’époque mais je cherchais un joueur de Sitar indien et un joueur de Oud syrien. Ashraf Sharif Khan qui est pakistanais me fait un grand honneur et un grand plaisir de venir jouer à mes côtés du Sitar dans ce projet. Il en va de même pour Iyad Haïmour que j’ai découvert au moment de monter cet orchestre et qui porte un regard très sensible sur mes compositions se révélant être, outre le fait qu’il joue magnifiquement bien du Oud et du Quanoun, un grand musicien complet pratiquant également le Ney et le Riq.

Je demande à mes amis qui partent en voyage souvent de me ramener une flûte très simple qu’ils pourraient trouver sur leur route. Je fais ça depuis plus de vingt ans et moi aussi de mon côté j’en ramène une à chaque voyage. Le résultat est que j’ai une quantité de flûtes merveilleuses de tous les coins du monde, certaines de très bonne facture d’autre non, mais ça ne me pose pas de problème j’aime les jouer pour leur son finalement plus que pour leur facilité d’exécution ou de justesse. Je ne cherche pas à être un spécialiste de tous ces instruments, heureusement d’ailleurs car pour chacun d’eux, des musiciens passent une vie entière à travailler pour les maîtriser. En revanche ils m’influencent énormément pour trouver des nouvelles façons de jouer sur mon instrument moderne occidental. J’ai également rencontré des maîtres du ney au Maroc, de la flûte peul au Mali et certains m’ont offert des instruments qui ont une toute autre symbolique pour moi bien sûr.

Joce Mienniel (flûtes, guimbardes, kalimba)
Ashraf Sharif Khan (sitar)
Iyad Haïmour (oud, quanoun)
Stracho Temelkovski (mandole, bendir)
Antony Gatta (percussions orientales)
Joachim Florent (contrebasse)

Où écouter Joce Mienniel