Jazz Bonus : Jennifer Wharton's Bonegasm - Not A Novelty

Afin de souligner son statut, rarissime, de leader en tant que tromboniste basse, Jennifer Wharton a pris sur elle de rehausser non seulement le profil des femmes instrumentistes, mais aussi celui de son cuivre d'élection (et de ses petits cousins). « Not A Novelty » paraît chez Sunnyside.

Jazz Bonus : Jennifer Wharton's Bonegasm - Not A Novelty
Jennifer Wharton, © John Abbott

La tromboniste basse Jennifer Wharton peut être considérée par beaucoup comme une licorne dans le monde de la musique. Dans des décennies d'un passé pas si lointain, il était rare qu'une femme fasse partie d'un groupe ou d'un orchestre de jazz réputé, mais qu'une femme jouant du trombone basse en soit le leader était considéré comme extraordinaire. . 

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En 2019, Jennifer Wharton a présenté son ensemble Bonegasm, centré sur le trombone, via son premier album éponyme (Sunnyside SSC-1529). Jennifer Wharton a fait appel à ses collègues trombonistes John Fedchock, Nate Mayland et Alan Ferber, ainsi qu'à la section rythmique du pianiste Michael Eckroth, du bassiste Evan Gregor et du batteur Don Peretz. La musique interprétée comprenait des compositions originales et des arrangements commandés par la chef à des compositeurs de premier plan qu'elle connaissait ainsi qu'à des membres de l'ensemble.

L'accueil enthousiaste réservé à la musique de Bonegasm confirma l'affirmation de Jennifer Wharton selon laquelle cet ensemble n'était pas un feu de paille mais un acteur important de l'affirmation de l’importance du trombone dans le jazz. Le nouvel enregistrement de Bonegasm, “Not a Novelty”, en représente un manifeste, que l’on croirait tatoué sur son bras. 

Cherchant à rompre la tradition de la relégation du trombone basse à des rôles de soutien dans la plupart des ensembles, Jennifer Wharton a entrepris une étude approfondie du jazz et de l'improvisation. Elle a également exigé que les pièces commandées pour Bonegasm fassent intervenir son instrument d'une manière ou d'une autre ; elle était impressionnée par ce que les compositeurs et les arrangeurs pouvaient faire lorsqu'ils utilisaient leur imagination.

“Not a Novelty” est né de la pandémie de COVID-19 aux États-Unis, essentiellement comme un moyen de maintenir Jennifer Wharton engagée dans un projet. Une subvention avantageuse du City’s Women’s Fubd de la ville de New York a permis aux commandes et à l'enregistrement de se dérouler sans encombre, malgré les limites de la distanciation sociale pour les répétitions et l'enregistrement. 

Une fois les morceaux reçus, il y a eu une répétition à distance à l'aide d'enregistrements MIDI, avant deux représentations en plein air avec le groupe, respectant les distanciations. L'ensemble, à l'exception d'un interprète qui a été rajouté plus tard, s'est réuni au Big Orange Sheep Recording Studio de Brooklyn à la fin du mois de septembre 2020 pour une session d'enregistrement avec un isolement physique scrupuleux entre tous les participants. 

Les compositions pour ce projet ont été commandées à diverses sources, tous des compositeurs avec lesquels Jennifer Wharton avait travaillé et avec lesquels elle  se sentait en empathie musicale. La musique a connu une évolution évidente, car plusieurs des compositeurs ont fourni des pièces particulièrement difficiles, mettant à l'épreuve les compétences du groupe. Bonegasm a relevé les défis avec gourmandise. 

L'enregistrement commence par Bongasmo du pianiste Michael Eckroth de l'Orquesta Akokán, une pièce aux accents cubains (amplifiée par l'ajout du percussionniste Samuel Torres) qui met en évidence la place prépondérante du trombone dans la musique de la diaspora latine, un monde que Jennifer Wharton connaissait bien pour avoir fréquenté la scène musicale aux accents latins de son État natal, la Californie. Jennifer Wharton a rencontré le compositeur/saxophoniste Remy Le Boeuf par le biais de son grand ensemble et a accueilli son Face Value, une pièce richement variée qui offre un large espace solo à Jennifer Wharton, Ferber et Peretz. L'arrangement d'Alan Ferber de Ice Fall de Chris Cheek est la pièce la plus traditionnellement structurée, avec ses harmonies luxuriantes et l'espace réservé à chaque membre de l'ensemble. 

Il était tout naturel que Jennifer Wharton fasse appel à son amie de longue date, Ayn Inserto, pour Blue Salt, une pièce enjouée, swinguante, mais complexe, qui fait allusion à la première rencontre entre Ayn Inserto et Michael Fedchock, le mari de Jennifer Wharton, sous le signe de la margarita. Le cuivre fougueux de Jennifer Wharton introduit le Union Blues de Ferber, tout en fanfare et en charme décalé, tandis que l'arrangement de Fedchock du Twinkle de Tori Amos prend la performance minimaliste de la chanteuse et l'élargit en une ballade luxuriante, où l'arrangeur prend un solo à couper le souffle. Jennifer Wharton a été tellement impressionnée par les arrangements de Carmen Staaf pour un concert au festival de jazz de Litchfield qu'elle l'a invitée à écrire pour l'ensemble. Son morceau Manta Rays est une illustration sonore des danses marines du poisson encapuchonné. 

Le groupe se lance à nouveau dans une teinte latine sur le dansant La Otra Mano de Manuel Valera. L'émouvant Little Cupcake de Fedchock tire son nom du petit nom qu'il donne à Jennifer Wharton et complimente sa personnalité avec des moments de hardiesse et de subtilité, mais toujours avec un élément d'humour. L'enregistrement se termine par l'arrangement de Darcy James Argue de la chanson The Day I Tried To Live du légendaire groupe grunge Soundgarden. Cette performance brillante et ponctuée est renforcée par l'inclusion du chanteur Kurt Elling, lauréat d'un Grammy.
(extrait du communiqué de presse en anglais - traduction E. Lacaze / A. Dutilh)