Jazz Bonus : Grands Portraits n°1 Brad Mehldau

La série des Grands Portraits d'Open Jazz : Breaking Brad - le parcours d’un serial pianist en dix épisodes.

Jazz Bonus : Grands Portraits n°1 Brad Mehldau
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Grands Portraits Open Jazz : Brad Mehldau

France Musique publie les Grands Portraits d'Open Jazz, une série d'interviews des grands du jazz collectées par Alex Dutilh. Pour que fourmis et cigales swinguent tout l'été et à toute heure, un nouveau Grand Portrait sera proposé sur francemusique.fr chaque lundi jusqu'à la fin du mois d'août. Les précédents restant évidemment disponibles… Quand Open Jazz prend des vacances, le jazz reste open sur France Musique !

Brad ! Il est de ceux que le prénom seul suffit à identifier. Ils ne sont pas si nombreux dans la saga d’un siècle de jazz. Probablement parce qu’on le ressent immédiatement proche, familier, autant pour ce qu’il nous dévoile d’intime que pourle miroir qu’il nous tend. Sous les doigts du pianiste, des histoires, les siennes et les nôtres ; des sentiments, les siens et les nôtres ; le cœur qui s’emballe et des beautés éphémères à partager…

Lorsqu’il fit ses premières apparitions en Europe, à 24 ans (il est né le 23 août 1970),Brad Mehldau fut d’emblée un « musicien pour musiciens ». Tout ce que Paris comptait de jazzmen se pressait à chacune de ses apparitions dans le minuscule club La Villa, rue Jacob. Un rituel s’accomplissait là chaque soir. Une manière unique de ressusciter des standards que l’on croyait nécrosés, en leur insufflant un lyrisme et une fraicheur de premier matin du monde. Mais déjà, les néophytes sortaient de cette « expérience vécue » les yeux embués, sans voix, la carapace fendue.

Aujourd’hui, vingt ans après, le pianiste a tout simplement imposé un art du trio, patiemment apprivoisé la discipline du solo, régulièrement tenté des expériences inouïes pour ne pas se laisser chloroformer par les sirènes de la renommée. Deux trios en vingt ans… et encore ! Seul le batteur a changé depuis 1996, Jeff Ballard prenant la place de Jorge Rossy, la contrebasse de Larry Grenadier continuant à gambader sur ce qui est désormais un terrain de jeu triangulaire. Tempos parallèles, inversions des rôles, phrases que l’on s’échange les yeux fermés, silences et suspensions partagés… On pourra multiplier les angles d’écoute : commencer par le piano, se concentrer sur la main droite, avant de s’apercevoir que la main gauche, chez Brad Mehldau virevolte avec autant de grâce, puis n’écouter que la contrebasse, puis choisir de mettre la batterie au premier plan, s’amuser ensuite des combinaisons à deux, s’abandonner aux entrelacs des trois… Ils décident du scénario, incarnent les personnages, mais laissent ainsi le plaisir de la mise en scène à chacun d’entre nous.

Brad Mehldau a commencé le piano très tôt, par son versant classique. Dans un entretien exclusif de plus de deux heures avec Alex Dutilh (il est avare d’interviews, mais généreux quand il les octroie), Brad revient sur son enfance, sur l’ensemble de sa carrière, sur son inspiration, sa technique, ses rencontres marquantes, sa vision de la musique.

Sous son masque d’insondable douceur, ce garçon livre des propos étincelants. Au passage, il corrige quelques erreurs communément répandues sur sa biographie et surtout dévoile un trait de sa personnalité sur lequel on n’a pas assez insisté jusqu’ici : sa loyauté et sa générosité aux autres. Or, si l’on examine sa discographie, les statistiques parlent d’elles-mêmes : à ce jour, s’il a signé 18 albums en leader et 12 en co-leader, il participé à 30 autres comme membre du groupe et été ponctuellement invité dans 19 enregistrements. Tout sauf un solitaire ! Au fil de la série, on croisera ainsi aussi bien Pat Metheny que Joshua Redman, Renée Fleming que Michael Brecker, Clint Eastwood que Yvan Attal

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