Jazz Bonus : Ethan Iverson - Bud Powell in the 21st Century

“Bud Powell in The 21st Century” d'Ethan Iverson qui paraît chez Sunnyside, est un jalon non seulement dans la carrière du pianiste actuel mais aussi dans l'héritage de Bud Powell, un musicien qui aspirait à faire apprécier ses œuvres comme un art véritable.

Jazz Bonus : Ethan Iverson - Bud Powell in the 21st Century
Ethan Iverson Big Band, © Umbria

Les effets de la révolution bebop dans la musique de jazz se font encore sentir et sont toujours en cours d'exploration. Parmi la demi-douzaine de véritables pionniers de ce mouvement, le pianiste Bud Powell est resté quelque peu dans l'ombre, bien que son œuvre soit devenue une pierre de touche majeure pour les vrais passionnés et une influence considérable pour la plupart des pianistes les plus aventureux du jazz. 

Les brillantes compositions originales de Bud Powell sont essentielles, mais aussi étrangement délicates. Contrairement à Thelonious Monk, Charlie Parker et Dizzy Gillespie, le compositeur a négligé de les ré-interpréter bien après leurs enregistrements originaux, de sorte qu'elles n'ont jamais fait partie de la lingua franca du jazz. Le pianiste et historien Ethan Iverson apporte une validation fantastique du génie de composition de Bud Powell dans son nouvel enregistrement, “Bud Powell In The 21st Century”, qui reprend un certain nombre de compositions de Bud Powell en les adaptant pour big band.

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Ethan Iverson a découvert la musique de Bud Powell au début de sa carrière grâce au coffret Mosaic de l'intégrale Bud Powell sur Blue Note et à l'indispensable compilation “The Genius of Bud Powell” chez Verve. Cette musique a été une révélation pour Ethan Iverson et a continué à l'inspirer tout au long d’une carrière qui s'est toujours équilibrée entre la présentation de nouvelles pièces contemporaines et le patrimoine du jazz. Ainsi, la participation d'Ethan Iverson aux deux premières décennies du trio The Bad Plus est-elle simultanée à son travail de recherche sur son blog Do The M@th.

Après son départ de The Bad Plus, le temps d'Ethan Iverson a été de plus en plus occupé par des commandes, comme le commissariat de MONK@100, l'événement du centenaire de Thelonious Monk à la Duke University de Durham en Caroline du Nord, le tour d'horizon de la scène jazz britannique pour le London Jazz Festival, un concerto pour piano pour l'American Composers Orchestra et Pepperland pour la compagnie de danse contemporaine de Mark Morris. C'est sous les auspices d'une commande de Carlo Pagnotta, d'Enzo Capua et de l'Umbria Jazz Festival que le projet Powell d'Iverson a pu prendre forme. 

L'attrait populaire des concerts-hommages dans les institutions de jazz n'a cessé de croître, une attraction commune au Jazz at Lincoln Center et aux festivals de jazz du monde entier. Ethan Iverson estime qu'une approche créative et fraîche est une exigence pour que les projets sur le répertoire de jazz soient couronnés de succès. Le projet a pris la forme de ce qui serait la première tentative d'Ethan Iverson d'arranger un big band, et a été présenté au festival de jazz d'Umbria en 2019. 

Pour le matériel de base, Ethan Iverson a commencé vers quatre pièces de quintet que Bud Powell a enregistré avec un groupe incroyable de musiciens en 1949. L'ensemble composé de Bud Powell, du saxophoniste Sonny Rollins, du trompettiste Fats Navarro, du bassiste Tommy Potter et du batteur Roy Haynes joue des versions de Bouncing with Bud, Dance of The Infidels et Wail de Bud Powell, ainsi que 52nd Street Theme de Thelonious Monk. Comme il s'agit de la seule session dirigée par Bud Powell avec des cuivres, Ethan Iverson a décidé d'utiliser ces morceaux comme colonne vertébrale de ses orchestrations. 

Ethan Iverson est généralement attiré par les compositeurs de jazz plus idiosyncrasiques qui écrivent pour leurs ensembles, des individus comme Duke Ellington et Carla Bley. Dans le but de combler le fossé qui existerait entre la composition et l'arrangement pour un big band unique, Ethan Iverson a fait appel à un formidable quintet pour assurer la base de son travail. Ingrid Jensen avait impressionné Ethan Iverson pendant des années en tant que voix solo triomphante dans le Secret Society Band de Darcy James Argue. Le saxophoniste Dayna Stephens se distinguait par sa virtuosité et son approche décalée. Le bassiste Ben Street est un collaborateur de longue date, quelqu'un qui comprend à la fois le bebop et la modernité. Enfin, l’opportunité d'ajouter le batteur Lewis Nash, un maître qui ajoué auprès de nombreuses légendes, était trop belle pour qu'Ethan Iverson la laisse passer. 

Avant de se lancer dans l'écriture et l'arrangement proprement dits, Ethan Iverson savait qu'il voulait présenter les compositions de Bud Powell avec précision, en ne faisant "aucun mal" à leur intention originale. Ce sera difficile, car les pièces sont dures et comportent des détails délicats. Ethan Iverson s'est inspiré d'un certain nombre de compositeurs et d'arrangeurs, notamment Stravinsky qui a arrangé de la musique italienne ancienne et Carla Bley qui a repris des chansons populaires espagnoles pour le Liberation Music Orchestra de Charlie Haden. Des nuances héritées de Count Basie et du Dizzy Gillespie Big Band teintent également la palette d'Ethan Iverson. 

Les pièces originales composées par Ethan Iverson, comme Bud Powell in the 21st Century et Nobile Paradiso, utilisent les improvisations de Bud Powell comme éléments de base. Ethan Iverson emprunte également des idées harmoniques et mélodiques clés pour créer ses Spells, de courts chorals qui relient les pièces plus importantes et donnent l'impression d'une séance de spiritisme avec le célèbre pianiste. Des pièces comme Continuity et Nobile Paradiso sont rehaussées par la maîtrise du contrepoint d'Ethan Iverson, avec des fils d'idées qui se déplacent les uns autour des autres, la dernière pièce étant composée de matériel original d'Iverson qui se construit comme une composition de Bud Powell aux allures d’hymne, comme une colline à partir d'un grain de sable (avec un rythme de fox-trot !). 

La touche de Bud Powell est perceptible tout au long de l'enregistrement. Ethan Iverson et d'autres membres de l'ensemble citent les lignes de solo du pianiste tout au long de l'enregistrement, comme on peut l'entendre dans la section de saxophones sur Celia et sous les doigts d'Ethan Iverson sur Tempus Fugit, qui se trouve être mené par une démonstration en solo de l'impeccable batterie bebop de Lewis Nash. Le cor anglais magnifiquement joué par Giovanni Hoffer sur la ballade de Bud Powell, I'll Keep Loving You, est un véritable clou du spectacle.
(extrait du communiqué de presse en anglais - traduction E. Lacaze / A. Dutilh)