Jazz Bonus : Archie Shepp - Blasé

Deux grands classiques de Archie Shepp enregistrés à Paris en 1969, “Blasé” et “Yasmina”, sont remastérisés et réédités chez ezz-thetics. Son magnifique, période agitée..

Jazz Bonus : Archie Shepp - Blasé
Archie Shepp, © Getty / David Redfern

Paris, 1969. Agé de 32 ans, Archie Shepp prend ses quartiers d’été à Paris au même moment que l’Art Ensemble of Chicago, Anthony Braxton et quelques autres apôtres de la Great Black Music. Une effervescence créatrice va s’emparer de la scène et le label Byg va documenter ce mouvement avec une série baptisée Actuel. Comme le relève Bill Shoemaker dans les notes d’accompagnement de cette réédition, les Byg de Shepp sont parfois présentés comme des éléments quelque peu anormaux dans sa discographie, mais leur sujet est le même que celui de ses autres albums : le continuum de la musique afro-américaine. 

La série avait été entamée par la publication des mythiques concerts des 29 et 30 juillet au Festival Panafricain d’Alger et s’était poursuivie à Paris par l’enregistrement de “Yasmina, A Black Woman” le 12 août, de “Poem For Malcolm” le 14 et de “Blasé” le 16. Archie Shepp apparaîtra en sideman sur d’autres albums enregistrés durant ces mêmes semaines, signés par Grachan Moncur III, Dave Burrell, Sunny Murray, Alan Silva et Clifford Thornton. 

Blasé, le morceau éponyme de l’album est peut-être le sommet de la série. Pour le casting, intergénérationnel et associant des esthétiques que l’on croyait farouches les unes aux autres : Philly Joe Jones à la batterie, les bluesmen Chicago Beau et Julio Finn, deux membres de l’Art Ensemble of Chicago, Lester Bowie et Malachi Favors, le pianiste Dave Burrell et la voix fascinante de Jeanne Lee, 30 ans tout juste. Pour le lyrisme et le son de ténor de Shepp, admirablement servi par le remastering. Et pour un texte dont l’intensité n’a pas pris une ride. Il débute ainsi : Blasé / N’est-ce pas toi qui l’es mon gars ? / Toi / Qui éjacules en moi / Mais ne me libère pas…