Jazz Bonus : Albert Ayler - Prophecy Revisited

ESP, le label phare des années free avait édité ce concert du trio d’Albert Ayler au Cellar Café de New York le 14 juin 1964 sous le titre « Prophecy ». Il ressort chez ezz-thetics (ex HatOlogy), totalement remasterisé.

Jazz Bonus : Albert Ayler - Prophecy Revisited
Donald et Albert Ayler, © Bill Smith

Les témoignages enregistrés d’Albert Ayler (1936-1970) tiennent en huit ans, entre 1962 avec « Something Different » et 1970 avec les « Nuits de la Fondation Maeght ». 1964 sera l’année la plus dense dans la discographie d’Albert Ayler, « le » saxophoniste mystique, vibrant précurseur du spiritual jazz en vogue aujourd’hui. 

Le 24 février 1964, le saxophoniste enregistrait « Spirits », réédité sous le titre « Witches And Devils », en quartet avec trompette (Norman Howard), contrebasse (Henri Grimes et/ou Earle Henderson) et batterie (Sunny Murray). Mais aussi « Goin’ Home » en quartet avec piano (Call Cobbs) et les mêmes Henry Grimes et Sunny Murray. Le 10 juillet, ce serait « Spiritual Unity », son grand classique en trio avec Gary Peacock (contrebasse) et toujours Sunny Murray (crédité aux balais).

Entre les deux, le 14 juin 1964, ce concert au Cellar Café de New York préfigurant « Spiritual Unity », puisqu’on y retrouve les mêmes compositions, à l’état brut et pour certaines dans des versions successives lors des différents sets. C’est dans ce même lieu, sur la 91ème rue, loin des clubs du Village, que Bill Dixon organisera six mois plus tard son festival October Revolution, manifeste de la scène libertaire. ESP publiera l’album en 1975, cinq ans après la disparition tragique d’Albert Ayler, dont on retrouva le corps dans l’Hudson, sans que les circonstances en soient jamais élucidées. La publication se fit sans l’accord de ses héritiers ni des musiciens survivants… 

Or Sunny Murray avait une copie des même bandes non mixées, qu’il publia en 1996 sous le titre « Albert Smiles With Sunny » sur son propre label InRespect. Là où « Prophecy » était mixé en privilégiant le son du ténor, le matériel de Sunny Murray, brut, mettait mieux en valeur le collectif du trio. Ce sont les bandes du batteur qui ont été remastérisées par Peter Pfister pour cette nouveauté du ezz-thetics de Werner X. Uehlinger, avec l’accord de Desiree Ayler-Fellows, la fille du saxophoniste. Le terme « Revisited » prend alors tout son sens. Il s’agit d’un autre point de vue. Dans cette dernière version, on se retrouve littéralement emporté dans la fièvre de l’instant, installés au premier rang de la salle, pour participer à une cérémonie païenne de « possession » ! 

Albert Ayler (saxophone ténor)
Gary Peacock (contrebasse)
Sunny Murray (batterie)