Jazz au Trésor : Steve Potts - Musique pour le film d'un ami

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, la réédition chez Le Souffle Continu de « Musique pour le film d’un ami » une rareté que Steve Potts enregistra à Paris au milieu des années soixante-dix avec des musiciens venus de tous horizons.

Jazz au Trésor : Steve Potts - Musique pour le film d'un ami
Steve Potts, © Lioneldecoster

Le Souffle Continu - label et disquaire – nous avait déjà gratifié de quelques perles de la scène libertaire française des seventies (Cohelmec, Dharma, Perception, Barney Wilen, le Baroque Jazz Trio, Jacques Thollot, Jac Berrocal, Bernard Vitet, Michel Roques, le Workshop de Lyon…). Tous réédités en LP et parfois en CD. C’est au tour de cet ovni total qu’est cette vraie musique de film du saxophoniste Steve Potts (interviewé dans le livret). L’album fut initialement publié sur Palm Records, le label de Jef Gilson.

En 1975, Steve Potts fausse compagnie à Steve Lacy le temps de composer « Musique pour le film d’un ami » à la demande du réalisateur Joaquín Lledó. Avec des invités de taille et de tous horizons (Ambrose Jackson, Jean-Jacques Avenel, Frank Abel, Elie Ferré, Christian Escoudé…), le saxophoniste enregistre une bande-son qui va de jazz modal en free funk et de groove canaille en java wah-wah avec une élégance folle. À la blaxploitation, Potts et ses camarades opposent une mixploitation made in Paris que l’on applaudira bien au-delà des murs de La Défense. 

Si vous n’avez jamais vu Sujet ou le secrétaire aux 1001 tiroirs, Steve Potts va vous le faire entendre. Car c’est le film d’un ami – Joaquin Noessi, pseudonyme de Joaquín Lledó – dont le saxophoniste a, au milieu des années 1970, composé la musique. Pour l’enregistrer, direction Saint-Germain-des-Prés en compagnie de camarades que Potts côtoie alors chez Steve Lacy (Jean-Jacques Avenel, Ambrose Jackson, Kenneth Tyler) mais pas seulement…

Car on trouve aussi sur « Musique pour le film d’un ami » des musiciens de funk (le pianiste Frank Abel et le percussionniste Donny Donable, autres expatriés qui jouent alors dans le groupe Ice), d’agiles instrumentistes français (Elie Ferré et Christian Escoudé aux guitares, Joss Basselli à l’accordéon) et d’impayables touche-à-tout (Keno Speller aux percussions et Gus Nemeth à la contrebasse). Quant à la production, ce sera l’affaire d’un autre iconoclaste : Jef Gilson. 

Comme l’équipée est éclectique, le disque le sera lui aussi. En commençant par les titres de ses morceaux : Java, Tango, Street Blues, Rock (La Défense), Bhagavad-Gita… Paris, c’est Babylone et Steve Potts n’a qu’à la secouer pour y faire pleuvoir ses notes : jazz modal voire cosmique, free funk, groove canaille, cool jam, bistro boogie, java wah-wah… Et sur Street Blues, cet acteur qui nous conseille : « Écoute la musique ! Écoute la voix magique ! » Cette voix, c’est celle de Steve Potts, que Souffle Continu refait chanter aujourd’hui, en rééditant le seul album jamais publié sous son nom : « Musique pour le film d’un ami », le disque fou d’atmosphères éclatées et éclatantes. 

  • Marie-France
  • Tango
  • Antigone
  • Mary-Jo
  • Poème

Steve Potts (saxophone soprano, saxophone alto)
Ambrose Jackson (trompette)
Élios Ferré (guitares acoustique et électrique)
Christian Escoudé (guitare électrique)
Franck Abel (piano)
Joss Basselli (accordéon)
Gus Nemeth - Jean-Jacques Avenel sur Tango - (contrebasse)
Kenneth Tyler - Donny Donable sur Tango - (batterie)
Keno Speller (bongos)
Flipos, Juliette Noessi (voix)
Enregistré à Paris, 1975 ou 76