Jazz au Trésor : Steve Lacy - Evidence

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, exhumé de la discothèque de Radio France, l’un des premiers joyaux du saxophoniste soprano Steve Lacy, enregistré en 1961, « Evidence ». Comme son nom l’indique…

Jazz au Trésor : Steve Lacy - Evidence
Steve Lacy, © Getty / David Corio

Un début de carrière dans le dixieland, avant de basculer dans le free jazz. Entre les deux, Steve Lacy (1934-2004) s’offrira la découverte de l’univers de Thelonious Monk comme une illumination mystique. Il en fera l’engagement d’une vie en forme de singularité lunaire. En prime, avant même que John Coltrane lui redonne des lettres de noblesse, Steve Lacy avait sorti le sax soprano des oubliettes. Et osa en faire son unique instrument.

« Evidence » est son quatrième album en leader. Pour le label New Jazz, adossé à Prestige. Trois ans plus tôt jour pour jour, le 1er novembre 1957, il avait gravé « Soprano Sax » en contexte ambivalent, avec Wynton Kelly comme gage de tradition et deux compagnons de Cecil Taylor pour la rythmique, Buell Neidlinger et Dennis Charles. Au menu, deux standards, deux Ellington, un calypso et un seul Monk. Un an plus tard, « Reflections » serait entièrement consacré aux compositions de Thelonious Monk, avec Mal Waldron qui deviendrait un partenaire au long cours, ce même Neidlinger et le tout jeune Elvin Jones. Troisième étape avec « The Straight Horn of Steve Lacy » en novembre 1960, avec Monk, Cecil Taylor et un classique du bebop au programme pour un quartet très contrasté avec le sax baryton Charles Davis, la contrebasse monkienne de John Ore et la batterie de Roy Haynes. La « jeunesse américaine » de Steve Lacy, avant son départ pour l’Italie, se conclurait de manière splendide avec « Evidence ».

Pour cette séance, un environnement inspiré du quartet d’Ornette Coleman : Don Cherry (mais à côté du soprano, sa trompette vibre différement), Billy Higgins (qui joua aussi avec Monk), et un épigone de Charlie Haden à la contrebasse, Carl Brown, que Higgins avait présenté à Lacy. Le saxophoniste avait écumé les clubs du Village new-yorkais avec lui, quelques semaines plus tôt. Cette fois, quatre compositions de Monk et deux de celui qui fut son pionnier, Duke Ellington. Cohérence et évidence.

La cohérence tient à deux facteurs : d’abord un rôle de gardiens du tempo confié au couple rythmique, comme chez Ornette Coleman, d’ailleurs. Les deux souffleurs sont d’autant plus enclins aux volutes aériennes que l’ancrage au sol est maintenu : ensuite, la proximité de registre entre la trompinette de Don Cherry et le registre supérieur du soprano, d’où la sensation d’avoir un seul musicien sur les parties communes, avec des harmoniques subtilement décalées.

Steve Lacy, 27 ans au moment de l’enregistrement, avait fait un séjour de 4 mois chez Thelonious Monk en 1960 et était alors un familier de l’orchestre de Gil Evans. Quant à Don Cherry, parfois intimidé aux côtés d’Ornette, il livre là des solos d’une audace et d’une fraicheur confondantes, on le sent en pleine confiance. 

  • The Mystery Song
  • Evidence
  • Let’s Cool One
  • San Francisco Holiday
  • Who Knows

Steve Lacy (saxophone soprano)
Don Cherry (trompette)
Carl Brown (contrebasse)
Billy Higgins (batterie)
Enregistré au Van Gelder Studio à Englewood Ciffs, New Jersey, le 1er novembre 1961