Jazz au Trésor : Sarah Vaughan - Sophisticated Lady

La réédition des enregistrements de Sarah Vaughan consacrés en 1979 et 1980 au répertoire de Duke Ellington s'enrichit de six inédits.

Jazz au Trésor : Sarah Vaughan - Sophisticated Lady
Photo - Sarah Vaughan

Tout est parti de l'indignation du producteur Norman Granz : comment était-il possible que Sarah Vaughan se retrouve depuis trois ans sans contrat avec une maison de disque ? Elle avait quitté Mainstream en 1974… Débuts discrets chez Continental en 1944 (elle avait 20 ans) et coup d'éclat chez Columbia en 1949 avec "Sarah Vaughan In Hi-Fi". Pour le reste des années 50, une série au sommet chez Emarcy et Mercury, puis Roulette et Mercury encore dans les sixties. Après quatre albums pour Mainstream entre 1971 et 74, Granz lui ouvre les portes de Pablo en 1977 pour "I Love Brazil", suivi de "How Long Has This Been Going On ?".

À l'été 1979, une série de séances, programmées entre le 15 et le 27 août à Hollywood, puis les 12 et 13 septembre à New York, complétées par deux rendez-vous hollywoodiens en janvier 1980, donneront lieu à deux volumes du "Duke Ellington Songbook". En octet, quintet ou nonet d'abord, en Californie, puis avec un big band dirigé et arrangé par Billy Byers à New York ; avec un trio ou un accompagnement piano-guitare enfin. L'édition d'origine fut un vrai foutoir, sans indications de personnel et mélangeant les séances en petite formation et big band au petit bonheur la chance !

Toutes ces faces ont rééditées impeccablement l'été dernier, dans l'ordre chronologique et avec toutes les précisions concernant les musiciens dans le double CD « Sophisticated Lady : The Duke Ellington Songbook Collection » sous étiquette Pablo (distr. Universal) avec un texte parfait du biographe de Norman Granz, Tad Hershorn.

Cerise sur le gateau, on trouve en ouverture, inédite, la session du 13 août 1979 à Hollywood, avec un l'orchestre et les arrangements de Benny Carter. Ce devait être le projet d'origine, mais il resta dans les tiroirs ! Zoot Sims en est le soliste au saxophone ténor, Buddy Collette dirige l'ensemble à cordes et la section rythmique se compose de Jimmy Rowles (piano), John Collins (guitare), Andy Simpkins (contrebasse) et Grady Tate (batterie). Très séduisant effet miroir avec le « Duke Ellington Songbook » d'Ella Fitzgerald en 1956. Pourquoi était-il resté enfoui ? Parce que Sarah Vaughan en avait refusé la publication : elle souhaitait que son mari d'alors, le trompettiste Waymon Reed, puisse bénéficier de quelques solos. Benny Carter lui préféré Zoot Sims. Ce fut un casus belli. Et Granz dut mettre sur pied les séances suivantes en petites formations et grand orchestre incluant Waymon Reed…