Jazz au Trésor : René Urtreger - Early Trios

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, la réédition chez Fresh Sound des premiers enregistrements du pianiste René Urtreger entre 1954 et 1957 : « Early Trios ».

Jazz au Trésor : René Urtreger - Early Trios
René Urtreger, © Fresh Sound

Cette année, le label Fresh Sound consacre toute une série de publications au patrimoine devenu introuvable du jazz français des années 50. « Early Trios » met en valeur la flamboyance des premiers enregistrements de René Urtreger en trio. Deux formations se retrouvent ici : celle de 1954-55 (le pianiste avait 20 ans et était déjà professionnel depuis deux ans) en compagnie de Benoît Quersin et Jean-Louis Viale et celle de 1957 avec Paul Rovère et Al Levitt.

Dans les deux cas, on se retrouve face à l’orthodoxie du bebop, avec une sidérante maitrise du langage harmonique et rythmique pour un musicien aussi jeune. Mais il s’agit de « sa » musique, telle qu’il la respire encore naturellement aujourd’hui. À bientôt 20 ans (il est né le 6 juillet 1934), René Urtreger avait déjà accompagné Don Byas ou Buck Clayton… C’est donc nullement impressionné qu’il se retrouve le 16 mai 1954 sur la scène de l’Apollo Théâtre pour un concert enregistré « Jazz Boom ») réunissant l’orchestre de Christian Chevallier, le quintet de Hubert Fol et Sacha Distel, la formation de Pierre Michelot… et son trio. En deux morceaux, le décor est posé, c’est bop, c’est très beau et c’est très, très bon ! 

Lorsque le trio se retrouve en studio, neuf mois plus tard, pour le premier album de la discographie du pianiste (« René Urtreger joue Bud Powell »), ils s’offrent une entrée en matière volcanique avec Dance of the Infidels, histoire de bousculer le risque de politesse de l’hommage à Bud par un feu intérieur d’une sincérité désarmante. Et à côté de six compositions de son mentor, René apporte deux premières pièces personnelles.

Sa notoriété est venue aux oreilles de John Lewis, par les retours des jazzmen américains de passage à Paris qui ont eu recours à ses services (Jay Jay Johnson, Stan Getz, Zoot Sims, Chet Baker…). Du coup, c’est tout naturellement qu’il fera appel à lui pour un projet d’album qu’il cogite pour le label Atlantic, destiné à rassembler trois jeunes pianistes prometteurs, européens comme américains. Titré « Jazz Piano International », l’album réunira le Britannique Derek Smith, l’Américain Dick Katz et le Français René Urtreger avec son tout nouveau trio. 

La même année verra le jour « René Urtreger Trio », parfois désigné par le nom du label (Versailles), produit par Sacha Distel et Bruno Coquatrix. Déjà, un au-delà du bop stricto sensu, tellement l’intensité du swing se retrouve être au premier plan, quelle que soit la composition. La légende peut commencer…

  • A Night in Tunisia

« Jazz Boom » (Philips)
René Urtreger (piano)
Benoit Quersin (contrebasse)
Jean-Louis Viale (batterie)
Enregistré en concert à l’Apollo Théâtre à Paris, le 16 mai 1954

  • Dance of the Infidels
  • A la Bud

René Urtreger (piano)
Benoit Quersin (contrebasse)
Jean-Louis Viale (batterie)
Enregistré aux studios Pathé-Magellan à Paris, le 24 février 1955

À ÉCOUTER

OPEN JAZZ - René Urtreger : Dance Of the Infidels

  • Fontainebleau

« Jazz Piano International » (Atlantic)
René Urtreger (piano)
Paul Rovère (contrebasse)
Al Levitt (batterie)
Enregistré à Paris, le 20 avril 1957