Jazz au Trésor : Paul Bley - Touching & Blood, Revisited

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, la réédition chez ezz-thetics des faces enregistrées en Europe par le trio de Paul Bley en 1965 et 66 : « Touching & Blood Revisited ».

Jazz au Trésor : Paul Bley - Touching & Blood, Revisited
Paul Bley, © Getty / Tom Copi

Certes, Paul Bley (1932-2016) avait fait ses débuts en trio… en 1953. Et quels débuts, avec Charles Mingus et Art Blakey ! Mais c’est à partir du milieu des années 60, après s’être épanoui dans le trio de Jimmy Giuffre, qu’il livrera des jalons capitaux dans l’art du trio piano-contrebasse-batterie. L’album « Closer », enregistré le 12 décembre 1965 pour le label ESP, avec Steve Swallow et Barry Altschul, constituant un point culminant de son évolution.

Beaucoup moins connu, mais tout aussi fascinant, l’album « Touching » avait été enregistré le mois précédent à Copenhague, lors d’une tournée européenne, avec Kent Carter à la contrebasse et ce même Barry Altschul à la batterie. Touching, le titre de la composition d’Annette Peacock, qui avait pris la suite de Carla Bley dans le rôle de compositrice attitrée du pianiste, est on ne peut plus clair. Il y est question du toucher, des affleurements, de la musique qui vous frôle comme une caresse du bout des doigts, mais aussi de toucher par l’émotion, les frissons de l’âme.

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Avec ses deux camarades du triangle équilatéral, Kent Carter et ses pizzicati proches du son d’un violoncelle et Barry Altschul en percussionniste et coloriste, Paul Bley s’amuse de zigzags, de contrastes de volume, de détours harmoniques inattendus, d’alternance entre minimalisme répétitifs et lâcher-prise lyrique. Brian Morton, le journaliste britannique qui a signé le texte de cette réédition, le qualifie de Trotski du jazz moderne, pour sa démarche de révolution permanente. De fait c’est un mouvement perpétuel qu’il nous propose, un éloge de l’inattendu… et de l’inentendu.

Aujourd’hui remastérisé dans ce « Touching and Blood Revisited », l’album d’origine est complété par la face A de l’album « Paul Bley in Haarlem – Blood » enregistré un an plus tard aux Pays Bas, avec cette fois Mark Levinson à la basse. Rapprochement judicieux pour ces recueil de phrases en suspens, de conversations à trois découpées par des silences où l’auditeur se retrouve happé, envoûté par trois anges du bizarre.

  • Both
  • Mazatlan
  • Touching
  • Closer

"Touching"
Paul Bley, piano
Kent Carter, contrebasse
Barry Altschul, batterie
Enregistré à Copenhague, le 5 novembre 1965