Jazz au Trésor : Nancy Harrow, the Wild Woman

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, les débuts d’une chanteuse culte, Nancy Harrow, chez Candid en 1960 et Atlantic en 1962.

Jazz au Trésor : Nancy Harrow, the Wild Woman
Nancy Harrow

Jazz et littérature, les deux passions de Nancy Harrow, (née à New York en 1930) accompagnent encore aujourd’hui cette chanteuse rare au goût exquis. Il faut dire que les fées des arts se sont penchées sur elle très tôt. Durant ses études, elle faillit s’orienter vers une carrière de danseuse, mais approfondit finalement son intérêt pour la littérature. Bien lui en prit, ça allait la faire vivre dans un premier temps et nourrir sa création musicale bien plus tard.

Mais voilà, Nancy jouait aussi du piano, assidument, depuis l’âge de sept ans. En plus, la voix de ténor de son père avocat lui avait fait comprendre qu’en matière de jazz vocal, l’intention et l’amour du répertoire sont fondamentaux. Elle passe son temps libre à acheter et écouter jusqu’à plus soif les disques de jazz qui viennent de sortir. Elle travaille dans une maison d’édition new-yorkaise le jour et passe ses nuits dans les clubs de jazz. Le guitariste Kenny Burrell, le tromboniste et arrangeur Bob Brookmeyer comme le trompettiste Clark Terry remarquent cette fan qui les suit assidument. De temps en temps ils l’invitent à chanter et voilà même qu’elle se retrouve embauchée au sein de l’orchestre de Tommy Dorsey.

C’est ainsi que le célèbre critique Nat Hentoff l’entend en club et, emballé par sa musicalité et la singularité de son timbre gouailleur lui propose de produire son premier album pour le tout jeune label Candid sur lequel venaient d’enregistrer Charles Mingus et Max Roach…. Ce geste initial de « Wild Momen Don’t Have The Blues », avec un all sta r haut de gamme réuni par Buck Clayton prend tout son sens quand on observe que sur le premier titre, la chanteuse-leader n’apparait qu’au bout de 3mn30s : plutôt qu’une diva, elle sera une musicienne qui chante. Et une storyteller à la diction parfaite. On est en novembre 1960, l’album reste magiquement intemporel un demi-siècle plus tard. Il y aura un second enregistrement, en octobre 1962, « You Never Know », produit par John Lewis, le pianiste et compositeur du Modern Jazz Quartet, sur le label Atlantic. Encore un coup de maitre. Les deux albums viennent d’être réédités sur un seul CD chez Fresh Sound (dist. Socadic).

Puis ce sera le silence jusqu’en 1975. Que s’est-il passé entre temps ? Une vie de famille pour élever ses deux garçons. Dans ces années-là, elle se retrouva rédactrice en chef d’une revue littéraire. À l’adolescence de ses fils, elle reprend le chemin des clubs. Treize albums vont suivre, de 1979 à aujourd’hui, tous sur des labels indépendants, souvent autoproduits, pour conserver une totale liberté artistique. John Lewis sera plusieurs fois au rendez-vous, les pianistes Jim McNeely, Roland Hanna, Dick Katz ou Kenny Barron vont jalonner le parcours, tout comme Clark Terry, Phil Woods et Bob Brookmeyer, les batteurs Grady Tate ou Ben Riley, les saxophonistes Frank Wess et Bill Easley, le violoniste Mak Feldman… À chaque fois un casting exigeant pour un vrai projet musical.

C’est dans ces années-là que Nancy Harrow se révèle à la fois auteur, compositrice, et les deux à la fois lorsqu’elle « scénarise » des albums inspirés d’un classique du romancier Nathaniel Hawthorne (« The Marble Faun ») ou qu’ils deviennent des spectacles du Off Broadway sur la vie de Scott Fitzgerald (« Winter Dreams »), ou avec une version terrifiante de Maya l’abeille (« The Adventures of Maya The Bee ») ou plus récemment une délicieuse création pour enfants sortie de son imaginaire (« The Cat Who Went To Heaven »).

  • lundi 13 :
    Take Me Back Baby
    « Wild Women Don’t Have The Blues »

    Nancy Harrow, voix
    Buck Clayton, trompette, arrangements
    Dickie Wells, trombone
    Tom Gwaltney, clarinette, sax alto ; Buddy Tate, sax ténor ; Danny Bank, sax baryton
    Dick Wellstood, piano
    Kenny Burrell, guitare
    Milt Hinton, contrebasse
    Oliver Jackson, batterie
    New York, 2-3 novembre 1960
  • mardi 14 :
    Can’t We Be Friends ?
    « Wild Women Don’t Have The Blues »

    Nancy Harrow, voix
    Buck Clayton, trompette, arrangements
    Dickie Wells, trombone
    Tom Gwaltney, clarinette, sax alto ; Buddy Tate, sax ténor ; Danny Bank, sax baryton
    Dick Wellstood, piano
    Kenny Burrell, guitare
    Milt Hinton, contrebasse
    Oliver Jackson, batterie
    New York, 2-3 novembre 1960
  • mercredi 15 :
    Wild Women Don’t Have the Blues
    « Wild Women Don’t Have The Blues »

    Nancy Harrow, voix
    Buck Clayton, trompette, arrangements
    Dickie Wells, trombone
    Tom Gwaltney, clarinette, sax alto ; Buddy Tate, sax ténor ; Danny Bank, sax baryton
    Dick Wellstood, piano
    Kenny Burrell, guitare
    Milt Hinton, contrebasse
    Oliver Jackson, batterie
    New York, 2-3 novembre 1960
  • jeudi 16 :
    Lover Come Back to Me
    « You Never Know »

    Nancy Harrow, voix
    John Lewis, piano, arrangements
    Jim Hall, guitare
    Richard Davis, contrebasse
    Connie Kay, batterie
    NYC, 8 octobre 1962
  • vendredi 17 :
    If I Were Eve
    « Wild Women Don’t Have The Blues »
    Nancy Harrow, voix
    Phil Woods, sax alto
    John Lewis, piano, arrangements
    Jim Hall, guitare
    Richard Davis, contrebasse
    Connie Kay, batterie
    Quatuor à cordes
    NYC, 8 octobre 1962

Sur le même thème