Jazz au Trésor : MJQ - October 28, 1957, NDR Studios

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, la publication chez Moosicus de « 28 October 1957, Hannover » un concert du Modern Jazz Quartet enregistré par la NDR.

Jazz au Trésor : MJQ - October 28, 1957, NDR Studios
Modern Jazz Quartet en 1957, © Getty / Keystone

À l’automne 1957, le Modern Jazz Quartet a déjà triomphé partout dans le monde. Quatre instrumentistes afro-américains - John Lewis au piano, Milt Jackson au vibraphone, Percy Heath à la contrebasse et Connie Kay à la batterie – jouant un jazz aux effluves de musique de chambre et au swing irrésistiblement subtil, ça ne collait pas avec les clichés du jazz américain auxquels s’attendait le public allemand de l’après-guerre.

Integration était le maître-mot utilisé par John Lewis pour décrire la démarche du MJQ pour trouver un équilibre entre le froid intellect et le bouillonnement des émotions, entre le langage des formes hérité de la culture de la musique classique européenne et la tradition orale de l’esthétique venue du blues afro-américain.

Il faut se souvenir que ce quartet, qui s’est donné comme règle de jouer « acoustique », était né au sein de l’orchestre tonitruant et révolutionnaire de Dizzy Gillespie. Le trompettiste confiait alors à sa section rythmique élargie au vibraphone quelques moments de respiration aérée dans la soirée : John Lewis était au piano, Ray Brown à la contrebasse, Kenny Clarke à la batterie et Milt Jackson au vibraphone. Ce fut la genèse du Milt Jackson Quartet, qui prit le nom de Modern Jazz Quartet en 1952 avec Percy Heath à la contrebasse. Et c’est en 1955, quand Kenny Clarke, lassé d’être cantonné à un rôle de « gardien du tempo », fut remplacé par Connie Kay, que le MJQ prit sa forme définitive. Une longévité exceptionnelle : après une pause entre 1974 et 1982, le groupe ne s’arrêterait qu’en 1994, à la mort de Connie Kay.

En 1957 et 58, le quartet était au sommet de son art et vint pour la première fois en Europe, pour une tournée de 80 dates dans des salles habituellement réservées à la musique classique. L’accueil fut triomphal pour ce quartet qui se présentait sur scène en smoking avec son concept d’improvisation retenue, sur un répertoire original. Le 28 octobre 1957 à Hanovre, ils furent invités à jouer dans un studio à la radio NDR, à la suite de leur concert à guichets fermés au Beethoven Hall de la ville.

La toute première pièce, Vendôme, est une parfaite illustration du concept d’intégration cher au pianiste du MJQ formé à la musique classique, une fugue en version jazz… Trois sections écrites en forme de fugue alternent avec trois séquences improvisées en solo (vibraphone et piano), avant une brillante coda donnant encore plus de force au propos. La fugue permettait aux musiciens du MJQ de se libérer de la forme jusque-là obligée « thème-solo-solo-thème » tout en conservant un swing inébranlable. En même temps, le contraste entre les personnalités de Milt Jackson (très blues et bebop) et de John Lewis (toucher classique et phrasé économe) constituait une identité forte du quartet.

À côté des compositions de John Lewis, recourant également à la structure de toccatas, de concertos ou de suites baroques, le MJQ ne se privait pas de reprendre quelques standards du Great American Songbook, comme ici All The Things You Are, des musiques de film (Venice et The Golden Stricker viennent par exemple de « Sait-on jamais », le film de Roger Vadim), ou de restituer l’essence du blues avec des pièces de Milt Jackson comme Bluesology. En studio, John Lewis prit un malin plaisir à faire une présentation parlée de chaque morceau avec ce même sens de la concision qui le caractérise au piano.

  • All The Things You Are
  • Venice
  • Bluesology
  • Vendôme
  • The Golden Striker

Milt Jackson (vibraphone)
John Lewis (piano)
Percy Heath (contrebasse)
Connie Kay (batterie)
Enregistré au studio NDR de Hanovre, le 28 octobre 1957