Jazz au Trésor : Michel Legrand - Legrand Jazz

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, la réédition de « Legrand Jazz » au sein du coffret « Le monde instrumental, jazz et musiques de films, 1953-62 » que le label Frémeaux consacre à Michel Legrand.

Jazz au Trésor : Michel Legrand - Legrand Jazz
Legrand Jazz, © Philips

Une des rares occasions d’entendre Miles Davis en sideman. En dehors de Charlie Parker, bien sûr. Michel Legrand enregistra cet album à New York, en 3 séances successives et 3 castings différents, fin juin 1958. Il assura le choix du répertoire, les arrangements et dirigea les séances avec le gratin du moment : Miles Davis, John Coltrane, Bill Evans, Ben Webster, Donald Byrd… 

L’histoire de l’album est révélatrice des mœurs du music business de l’époque. En 1954, Michel Legrand avait publié son premier album, « I Love Paris » chez Columbia. Un succès énorme aux USA, mais aucune rémunération du type royaltie n’avait été prévue au contrat. Pour compenser, Columbia lui offrit l’opportunité d’enregistrer un album de jazz à New York avec les musiciens de son choix. Legrand opta pour un répertoire de compositions déjà connues sur lesquelles il apposerait sa patte d’arrangeur. 

Dans les notes de pochette de la première édition, Michel Legrand raconte : « Miles trônait alors au sommet du jazz new yorkais. Tout le monde me disait : “Il va venir à la séance et se tenir près de la porte en gardant sa trompette dans son étui fermé. Il va écouter pendant cinq minutes, et s’il aime la musique, il va s’asseoir, ouvrir son étui, et jouer […]. S’il n’aime pas, il va repartir et il ne reprendra plus jamais contact avec toi”. Je n’avais alors que vingt-six ans, et j’avais tellement peur que j’en avais des poussées de sueurs ! J’ai commencé à répéter avec l’orchestre. La porte s’est ouverte, et Miles a écouté près de la porte pendant cinq minutes. Puis il s’est assis, a ouvert son étui et a commencé à jouer. Après la première prise, il m’a demandé : “Michel, est-ce que mon jeu convient ?”. C’est comme ça que tout a débuté. »

Pour ses arrangements, Michel Legrand intègre un vibraphone et une harpe au sein de la section rythmique pour la première et la troisième séance, chose rare à l’époque, qui plus est en addition du piano et de la guitare… Moins surprenante, l’utilisation du cor, cher à Gil Evans, pour la troisième séance et celle d’un quatuor de trombones, tout à fait dans l’air du temps, pour la seconde. Résultat, une grande variété de timbres d’une séance à l’autre, qui vaudra un succès critique immédiat à « Legrand Jazz » dans les magazines américains.

Il faut dire que c’était sacrément surprenant d’entendre Miles improviser sur Jitterburg Waltz de Fats Waller ou le Wild Man Blues de Louis Armstrong et Jelly Roll Morton ! Mais la créativité des arrangements redonnait une aura de fraîcheur à ces mélodies d’avant la naissance du trompettiste. « Legrand Jazz » revoit le jour dans son intégralité au sein du coffret de 10 D « Michel Legrand - Le monde instrumental, jazz et musiques de films, 1953-62 » qui vient de sortir chez Frémeaux. 

  • Jitterburg Waltz

Michel Legrand (direction, arrangements)
Miles Davis (trompette)
Herbie Mann (flûte)
Phil Woods (saxophone alto)
John Coltrane (saxophone ténor)
Jerome Richardson (saxophone baryton, clarinette basse)
Barry Galbraith (guitare)
Betty Glamann (harpe)
Eddie Costa (vibraphone)
Bill Evans (piano)
Paul Chambers (contrebasse)
Kenny Dennis (batterie)
Enregistré à New York City, le 25 juin 1958

  • Django

Michel Legrand (direction, arrangements)
Miles Davis (trompette)
Barry Galbraith (guitare)
Betty Glamann (harpe)
Eddie Costa (vibraphone)
Bill Evans (piano)
Paul Chambers (contrebasse)
Kenny Dennis (batterie)
Enregistré à New York City, le 25 juin 1958

  • Nuages

Michel Legrand (direction, arrangements)
Frank Rehak, Billy Byers, Jimmy Cleveland, Eddie Bert (trombones)
Herbie Mann (flûte)
Ben Webster (saxophone ténor)
Hank Jones (piano)
Major Holley (tuba)
George Duvivier (contrebasse)
Don Lamond (batterie)
Enregistré à New York City, le 27 juin 1958

  • Stompin’ At The Savoy
  • In A Mist

Michel Legrand (direction, arrangements)
Ernie Royal, Art Farmer, Donald Byrd, Joe Wilder (trompettes)
Frank Rehak, Jimmy Cleveland (trombones)
James Buffington (cor)
Gene Quill, Phil Woods (sax alto)
Seldon Powell (saxophone ténor)
Teo Macero (saxophone baryton)
Don Eliot (vibraphone)
Nat Pierce (piano)
Milt Hinton (contrebasse)
Osie Johnson (batterie)
Enregistré à New York City, le 30 juin 1958