Jazz au Trésor : les 5 albums Blue Note préférés de Manfred Eicher

Sollicité par Zone Out, le patron d’ECM confie quels sont ses 5 albums de chevet dans le prestigieux catalogue américain et explicite ses choix.

Jazz au Trésor : les 5 albums Blue Note préférés de Manfred Eicher
Manfred Eicher, © Kaupo Kikkas

En créant Edition of Contemporary Music (ECM) en 1969, le producteur Manfred Eicher a imaginé des disques avec l'ambiance de salles de concert idéales, avec une clarté cristalline et un sens spatial tridimensionnel. Sa constance dans l'excellence, les collaborations inattendues et la liberté artistique a rapidement attiré les meilleurs musiciens du monde.

Il y a quelques mois, l’équipe du media en ligne Zone Out avait demandé à Manfred Eicher de se pencher sur le travail de Blue Note Records et de partager son choix des 5 meilleurs albums du catalogue historique.

Ornette Coleman - The Empty Foxhole (1966)

Les albums d'Ornette Coleman sur Atlantic étaient si énormes qu'ils éclipsent aujourd’hui encore d'autres disques d’Ornette des années 1960, notamment chez Blue Note les concerts au Golden Circle de Stockholm ou cet enregistrement en studio qui date de 1966. On y trouve Ornette au saxophone alto, à la trompette et au violon, Charlie Haden à la contrebasse et Denardo Coleman, 10 ans, à la batterie. C'est un enregistrement qui pose efficacement le feeling très au-dessus de la technique et il a une pureté et une fraîcheur naïve qui perdurent, vibrantes comme les arts populaires. On y trouve aussi de grandes mélodies, dont Zig Zag et surtout Faithful.  Chez ECM, nous avons fait écouter cet album au trio de Marcin Wasilewski qui a ensuite fait de Faithful la chanson titre d'un de ses propres disques.

Anthony Williams - Spring (1965)

Un groupe impressionnant sur le deuxième album Blue Note de Tony Williams, enregistré en 1965 ! Sam Rivers et Wayne Shorter aux saxophones, Herbie Hancock au piano et Gary Peacock à la contrebasse. Entre autres qualités admirables, cet album est l'un des meilleurs exemples des débuts de l'approche novatrice de Peacock, et vous pouvez l'entendre bien mieux que sur les disques ESP d'Albert Ayler sortis à peu près à la même époque. Dans la musique remarquablement bien conçue de Tony Williams, Gary est une voix présente dès le premier instant, interagissant avec les saxophones, ainsi qu'avec le jeu de balais fantastique de Tony.

Chick Corea - The Song of Singing (1971)

Le trio de Corea avec Dave Holland et Barry Altschul a été enregistré en 1970, environ six mois avant l'album A.R.C. d'ECM. À cette époque, Chick était en pleine effervescence créative, élargissant sa palette artistique dans de nombreuses directions. Et bien sûr, Dave et Barry étaient une merveilleuse combinaison à ses côtés. Tous les trois étaient sur le point d'être rejoints par Anthony Braxton pour former le grand mais éphémère groupe Circle et enregistrer “Paris Concert”.

Don Cherry - Complete Communion (1966)

Il est difficile de choisir entre la “Complete Communion”, “Symphony for Improvisers” et “Where Is Brooklyn”. Enregistrés en l'espace d'un an, en 1965 et 1966, les albums forment une véritable trilogie. Au début du cycle, Gato Barbieri est le ténor, à la fin, c'est Pharoah Sanders et sur l'album du milieu, ils sont là tous les deux. “Complete Communion” expose le concept de base. Le lyrisme et le sens de l'espace de Don, son oreille ouverte aux sons du monde, et les rythmes dansants d'Ed Blackwell sont les clés de tout. L'évolution musicale de cet album à “El Corazón” et “Old and New Dreams”, dix ans plus tard, n'est pas tout à fait simple mais poétiquement logique. 

Pete La Roca - Basra (1965)

J'avais adoré la combinaison du batteur Pete La Roca et du bassiste Steve Swallow sur “Footloose” de Paul Bley (1963). Et sur “Basra” (1965), Pete et Steve se sont retrouvés pour explorer une musique plus extravertie, rejoints par le toujours inspirant Steve Kuhn au piano et Joe Henderson au ténor. Parmi les nombreux albums Blue Note avec Henderson, celui-ci se distingue par son esprit et son énergie. Pete La Roca a disparu de la scène pendant longtemps pour étudier puis pratiquer le droit. Après son retour, il a joué avec John Abercrombie et il a été question pendant un certain temps d'un projet d'enregistrement avec Pete, John et Kenny Wheeler, qui n'a malheureusement pas été réalisé.
(extrait du communiqué de presse en anglais - traduction E. Lacaze / A. Dutilh)