Jazz au Trésor : La Discothèque Idéale de France Musique

La séquence des perles et des inédits ressortis de l’oubli. Cette semaine, à l’occasion de la sortie de « La Discothèque idéale de France Musique », une pépite débusquée côté jazz. Aujourd’hui, « Such Sweet Thunder» de Duke Ellington.

Jazz au Trésor : La Discothèque Idéale de France Musique
La discothèque idéale de France Musique

Rencontre sur l’Olympe : Duke Ellington plonge dans l’œuvre de William Shakespeare pour imaginer une suite en douze mouvements. Un déferlement de nuances et d’éclats. Un si doux tonnerre, titre parfait pour l’une des pièces les plus enthousiasmantes du grand œuvre ellingtonien.

Juillet 1956. Deux semaines après son concert triomphal au festival de Newport, avec le fameux solo de 27 chorus du saxophoniste ténor Paul Gonsalves, Duke Ellington emmène son orchestre au Canada pour deux concerts au Stratford Shakespearean Festival. En compagnie de Billy Strayhorn, son alter ego pour les compositions et les arrangements, le Duke décide de rester quelques jours de plus pour nourrir leur passion commune pour le dramaturge. Des jours et des nuits d’échanges sur le théâtre, mais aussi la poésie du génie anglais. L’équipe du festival lui suggère d’écrire une suite qu’il présenterait l’année suivante. Poignée de mains et promesse tenue.

Dix mois plus tard on se retrouve face à l’une des œuvres les plus époustouflantes de la carrière du compositeur. Un sacré clin d’œil à l’universalité de Shakespeare puisque Ellington y rassemble tous ses acquis en annonçant aussi la décennie qui suivrait. Il jongle avec la temporalité (on retrouve aussi bien l’expressivité jungle de ses années au Cotton Club que des flirts avec l’atonalité) comme avec les personnages ou la rythmique des sonnets. Macbeth valse sur fond de ragtime, la Katarina de La Mégère apprivoisée pleure dans le trombone de Quentin Jackson, les trois sorcières de Macbeth – un trio de trombones - donnent la réplique à Iago, l’enseigne d’Othello, incarné par le sax baryton de Harry Carney… Ailleurs Billy Strayhorn s’amuse à représenter les quatre amants du Songe d’une nuit d’été par des solos joués par des couples d’instruments (clarinette et violon, sax alto et trombone, sax alto et ténor).

Et à côté d’arrangements d’une sophistication (Madness in Great Ones) ou d’une délicatesse (The Telecasters) confondantes, on a bien sûr droit à des solos d’anthologie : la trompette de Cat Anderson dans Madness in Great Ones, l’alto de Johnny Hodges dans le rôle de Juliette pour Star-Crossed Lovers et de Cléopâtre pour Half the Fun, ou Paul Gonsalves pour le final. Coup de théâtre : Romeo et Juliette s’appelaient Duke et Billy.
Alex Dutilh

  • Up and Down, Up and Down

Cat Anderson, Ray Nance, Clark Terry, Willie Cook (trompette)
John Sanders, Britt Woodman, Quentin Jackson (trombone)
Jimmy Hamilton (clarinette, saxophone ténor)
Johnny Hodges (saxophone alto)
Russel Procope (saxophone alto, clarinette)
Paul Gonsalves (saxophone ténor)
Harry Carney (saxophone baryton, clarinette basse)
Duke Ellington (piano, direction, arrangements)
Jimmy Woode (contrebasse)
Sam Woodyard (batterie)
Billy Strayhorn (arrangements)
Enregistré à New York, 1956-57